Zoheir Bessa : que la terre te soit légère
Zoheir Bessa : que la terre te soit légère
Rédaction Clarté
Clarté – Septembre 2025

C’est avec affliction que nous avons appris le décès de Bessa Ibn Zahir survenu le 28 aout dernier à Montpellier après un long combat contre la maladie. Né en Algérie le 2 aout 1947, celui que ses amis, camarades et proches appelaient « Zoheir » a, tout au long de sa vie, mis à profit son intellect, ses meilleures énergies dans la lutte contre le colonialisme français, puis pour l’édification du socialisme-communisme en Algérie.
Il effectue son service militaire dans les années 1970 à Tiaret où il impose la réforme agraire aux grands latifundiaires. Ce faisant, il empêche que l’Indépendance ne serve à remplacer Moussa Hadj par Hadj Moussa. Il étudie ensuite l’économie et rédige un mémoire sur la céréaliculture à l’époque coloniale. Devenu professeur, il mobilise son savoir et sa connaissance de la campagne algérienne pour lier les luttes des ouvriers à celles des paysans; celles des travailleurs des villes à celles de ceux des champs.
Cadre du Parti de l’avant-garde socialiste (nom que prendra le Parti communiste algérien après l’Indépendance), il siège à son dernier Comité central. Il en refuse la dissolution motivée par des falempos capitulards comme il rejette le dogme mortifère de la fin de l’Histoire que ceux-ci professent de concert avec la classe dirigeante.
Marxiste-léniniste convaincu, Zoheir comprend que le socialisme ne se gagne pas par réformes, mais à coup de « patience, sacrifice et persévérance, car le chemin de la révolution n’est ni facile ni sans douleur. Il est celui du combat. » De même, il sait que cette lutte commande la création d’un parti politique, détachement d’avant-garde de la classe ouvrière, pour guider les masses laborieuses dans leur combat pour l’abattement du capitalisme et l’édification du socialisme. Ainsi, il participe à la fondation du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme, parti des communistes algériens, dont il sera l’un des principaux dirigeants jusqu’à sa mort.
Zoheir cependant, est principalement connu pour son rôle de Directeur du journal Alger Républicain qu’il réorganise au début des années 2000 alors que celui-ci est menacé de disparition. Il fit ainsi revivre le journal d’Henri Alleg, de Boualem Khalfa (1er Rédacteur en Chef musulman d’un journal « français » à l’époque coloniale) ou de l’écrivain communiste Kateb Yacine; celui-là même où Camus et Pascal Pia comme Marilyse Ben Haïm ont fait leur début. Plus fondamentalement, il offre une plateforme aux véritables forces de progrès algériennes comme, quelques décennies plus tôt, ce même organe du Parti communiste algérien a servi de catalyseur, voire d’organisateur collectifs pour les partisans de l’Indépendance au-delà du seul FLN et ce, à telle enseigne qu’en 1962, son tirage dépasse celui du Peuple, organe du FLN…
Patriote et communiste, Zoheir doit, à partir de 1995, partager sa vie entre Montpellier (où lui et sa famille sont forcés de s’installer à la suite d’une tentative d’assassinat à son encontre par les islamo-fascistes du FIS) et Alger (où il continue d’enseigner).
Exemple de lutte et de sacrifice, sa vie doit continuer d’inspirer ceux et celles qui, sachant unir la plume aux autres moyens de lutte opportuns, poursuivent son combat de façon que la terre lui soit effectivement plus légère. Devant la perte d’un monument de la presse communiste mondiale, Clarté ne peut que rendre hommage à notre regretté confrère et camarade.