Toponymie montréalaise
Toponymie montréalaise
Adrien Welsh
Clarté – Septembre 2025

« Quelle honte! Quelle honte! », s’écrirait Georges Marchais devant le micro-débat aussi futile qu’insidieux autour du nom des stations de métro montréalaises à venir. À travers les pages éditoriales du Journal de Montréal maculées de matière fécale politique, à longueur d’ondes chez un Martineau « qubiste » mais surtout bonimenteur de son maitre (PKP) tout comme à l’émission prétendument politique « La joute », on monte en épingle quelques irritants pour discuter d’une solution à un problème inexistant.
Tels sont les chatoiements du populisme le plus crade et nauséabond pustulant.
Apparemment, nommer une station de métro montréalaise d’après la bataille de Vertières serait un affront, car elle n’est en rien liée à l’histoire québécoise. Messieurs Bock-Côté et Martineau, votre « universalisme » que vous opposez au wokisme est à géométrie très variable! Michèle Lalonde n’écrivait-elle pas « Speak white, qu’on vous entende, de St-Henri à St-Domingue »? Il semble que votre idéal du peuple québécois est celui d’un « peuple inculte et bègue » incapable d’apprécier la solidarité internationale, d’intégrer la lutte des peuples du monde contre l’impérialisme, le colonialisme et l’oppression nationale…
Au demeurant, ce ne serait pas la première station du réseau de Montréal à se référer à un lieu ou personnage sans lien avec le Québec ou Montréal. Pensons à Pie-IX, théocrate réactionnaire (dernier Pape dirigeant des États Pontificaux avant l’Unification italienne par Garibaldi). Oui, il a imposé Saint-Jean le Baptiste comme Saint-Patron des Canadiens, mais en quoi est-ce pertinent dans notre histoire collective? Et que dire de la station Namur, du nom de la capitale de la Wallonie, m’fieu un fois? Est-ce pour souligner la qualité des frites servies à l’Orange Julep à quelques encablures? Et Saint-Michel, quel est son apport à la culture québécoise? Ou peut-être serait-ce une façon de souligner l’apport des Bretons (ou Normands, je n’oserais jamais m’engager dans ce débat) venus du mont éponyme dans la prospérité de la Nouvelle-France? Et Anjou alors?
Mais qu’importent les lois quand leur esprit doit primer? Je comprends parfaitement votre rancoeur à l’égard des choix toponymiques de la STM qui a dû défrayer monts et merveilles pour qu’un comité d’éléphants accouche de telles souris. Nommer une station du nom d’une combattante mohawk ne changera rien à la réalité : les inégalités socio-économiques qu’essuient les Autochtones continuera. Quant à Madeleine-Parent, communiste et militante syndicale, alors que les employés d’entretien du métro s’engagent dans une grève devant l’intransigeance de la partie patronale (appuyée par la Mairesse Plante qui les exhorte à « prendre d’autres moyens de pression » que la grève) et que la classe ouvrière organisée affronte les attaques les plus virulentes de la part du patronat à travers la Loi 89 et la possible remise en cause de la formule Rand, n’est-ce pas là un affront qui brille par son arrogance? Certainement, elle se passerait bien d’un tel « hommage »!
Mais passons. Au final, il ne s’agit que de noms de stations de métro. Le vrai problème n’est-il pas le sous-financement du transport public? Le fait que près de la moitié des stations de métro sont en mauvais état, l’abolition des lignes de bus à « 10 minutes et moins », la stagnation du développement du réseau de métro, les couts prohibitifs (104$ pour un abonnement mensuel) du transport en commun, etc; tel devrait être le coeur du débat.
Or, débattre du nom des stations est inoffensif pour la classe dirigeante, mais onéreux pour la classe ouvrière que l’on cherche à diviser et à dévier des « vraies questions » grâce à de telles broutilles.