OTAN : L’économie de guerre comme projet de société

 

OTAN : L’économie de guerre comme projet de société


Jad Kabbanji
Clarté – Septembre 2025


Le temps passe, mais la dynamique au sein de l’OTAN demeure immuable : augmenter le budget pour mieux justifier son expansion et ses interventions. Lors de son dernier sommet, tenu à La Haye, aux Pays-Bas, l’Organisation a entériné une hausse spectaculaire des dépenses : les États membres devront désormais consacrer au minimum 5 % de leur PIB au budget militaire, conformément à une orientation initialement promue par Donald Trump. Ne s’agit-il pas, en réalité, d’une tentative de sortir de la crise économique structurelle en relançant une économie de guerre ? Ce « saut quantique », selon les mots du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, est dans les faits, une déclaration de guerre ouverte contre les masses laborieuses du monde entier. D’une part, cette politique intensifie la guerre sociale au sein même des pays membres de l’OTAN, en accélérant le démantelant des acquis sociaux conquis de haute lutte au fil des décennies. D’autre part, elle cherche à étendre toujours davantage l’influence des multinationales monopolistiques en multipliant les interventions militaires là où de nouveaux marchés peuvent être pris ou sont disputés.

Carney annonce la guerre économique

Qui parle de crise économique parle de guerre. Et pourquoi ne pas combiner les deux ? Économie de guerre : tel est le mot d’ordre implicite des dirigeants occidentaux réunis à La Haye et plus particulièrement celui de Mark Carney. On est loin des élans souverainistes et anti-Trump formulés par le Premier ministre canadien lors de la dernière campagne électorale. Une posture frauduleuse qui l’a propulsé au pouvoir.

Au contraire, c’est l’heure de la soumission. Finie la menace de guerre tarifaire contre les États-Unis de Donald Trump : Carney lève en catimini une grande partie des tarifs sur les produits américains, scellant une alliance stratégique qui se renforce par l’entremise des dépenses militaires. Oublions les menaces américaines d’annexions et regardons vers l’avenir, un avenir plus atlantiste que jamais.

Ce sont 150 milliards de dollars que Carney a promis à La Haye, une somme abyssale puisée directement dans les fonds publics qui représentera bientôt l’équivalent de plus du tiers du budget de l’État canadien. Parallèlement, ce sont nos richesses naturelles qu’il est en train de brader aux complexes militaro-industriels américains dans le cadre du Defense Production Act. Et que dire du bouclier antimissile Dôme de fer, projet pharaonique proposé par Donald Trump qui coûterait plusieurs centaines de millions de dollars et que le Canada s’apprête à rejoindre, au prix d’un alignement toujours plus étroit sur la stratégie militaire américaine ?

Derrière ces engagements militaires se profile un programme d’austérité sans précédent. Comment financer cette envolée des dépenses sans alourdir la dette publique ? La réponse est simple : en sacrifiant les services publics. Déjà, les compressions budgétaires s’annoncent spectaculaires dans les réseaux de la santé et de l’éducation, ainsi que dans le renouvellement et le développement des infrastructures publiques, pour ne citer que quelques exemples.

Legault veut en profiter

Cette logique de privation prend tout son sens à la lumière de la déclaration du Premier ministre du Québec, François Legault, en juin dernier, concernant l’augmentation du budget militaire – « Quelle belle opportunité d’en profiter, et en particulier ici au Québec » – qui révèle une vision profondément cynique de l’économie et de la société. À la question cruciale « Profiter à qui, monsieur Legault ? », la réponse apparaît avec une clarté désarmante : cette politique bénéficie d’abord aux multinationales de l’armement qui voient dans les conflits une source de profits, transformant littéralement le sang en dividendes. Des entreprises comme General Dynamics, Rheinmetall et Lockheed Martin, qui opèrent activement au Québec, sont les premières bénéficiaires de cette manne militaire. 

Elle profite à ce qu’on peut appeler l’industrie de la mort, un secteur qui ne génère aucune plus-value sociale réelle, mais qui alimente pourtant les conflits en Ukraine, participe directement au génocide à Gaza et entretient l’engrenage infernal de la violence institutionnalisée. Chaque contrat signé, chaque usine ouverte, contribue à normaliser l’inacceptable : la marchandisation de la destruction humaine.

Elle sert surtout une économie de guerre qui détourne massivement les compétences québécoises – nos ingénieurs, nos techniciens, nos ressources précieuses – vers la production d’instruments de destruction plutôt que vers les secteurs vitaux comme la santé, l’éducation ou la transition écologique. Alors que nos hôpitaux manquent de personnel et que nos écoles se délabrent, nous formons des experts en balistique.

Cette position du gouvernement Legault fait du Québec un complice actif de plusieurs drames contemporains : complice de la militarisation croissante de notre économie qui nous lie toujours plus étroitement aux intérêts américains ; complice de l’effondrement programmé des services publics, sacrifiés sur l’autel des dépenses militaires ; complice, enfin, des crimes de guerre perpétrés avec des armes directement fabriquées ici même, sur notre territoire.

Une escalade internationale aux portes de la catastrophe

Cette escalade sans précédent ces dernières décennies favorise une course à l’armement tous azimuts. La Chine, encerclée et menacée directement par l’OTAN et son pendant asiatique, l’AUKUS, a fait une démonstration de force spectaculaire lors du défilé militaire célébrant le 80ᵉ anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste. Des armes terrestres, navales et aériennes, plus modernes que jamais, ont été dévoilées, rivalisant directement avec la technologie occidentale. Sur le plan politique, cette parade s’est déroulée devant une dizaine de chefs d’État réunis pour le sommet 2025 de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), eux-mêmes pris dans les guerres tarifaires et les conflits larvés orchestrés par l’OTAN, Trump et leurs alliés. Dans ce climat explosif, jamais nous n’avons été aussi proches d’une guerre généralisée – potentiellement nucléaire -, une catastrophe qui pourrait anéantir l’humanité telle que nous la connaissons.

Résister à la guerre, construire la paix

Pour reprendre le terme de Mark Rutte, le véritable « saut quantique » qui est exigé de nous n’est pas militaire, mais politique et social. Il consiste à organiser la résistance contre cette logique mortifère, à exiger le réinvestissement des richesses dans le social et l’écologie et à bâtir un front internationaliste capable de combattre l’impérialisme et son bras armée l’OTAN. La paix et la justice sociale sont les deux faces d’une même lutte ; l’une ne va pas sans l’autre.

Ce 19 octobre, soyons nombreuses et nombreux à descendre dans la rue à l’appel du Mouvement québécois pour la paix, pour affirmer notre détermination à construire un monde de paix et de solidarité internationale.