Ni Trump, ni dumping : l’impérialisme et le libre-échange sont à blâmer pour Meubles South Shore !

Ni Trump, ni dumping : l’impérialisme et le libre-échange sont à blâmer pour Meubles South Shore !


Léo Boivin
Clarté – Juillet 2026


Nous écrivions tout récemment dans Clarté que l’industrie du bois subit une énorme « concentration du capital […] qui fonce à toute vitesse vers une crise ». Et en avril 2026, une énième fermeture d’usines de transformation à valeur ajoutée de ce secteur annonce sa fermeture : les 90 employés syndiqués des usines de Meubles South Shore à Coaticook et Sainte-Croix perdent leur emploi.

Pour les régions, déjà affaiblies par des années de perte de dynamisme économique, ces fermetures sont de mauvais augure. Le groupe manufacturier auquel appartiennent les usines en question possède également des centres d’activités à Lévis.

Les grands médias brandissent le spectre des tarifs trumpiens et du « dumping » en provenance d’Asie. Or, tous deux sont des symptômes du même mal qui se sont aggravés depuis janvier 2025. Ce mal est l’impérialisme états-unien et le libre-échange qui sert ses intérêts. La raison pour laquelle les tarifs trumpiens font si mal à l’économie canadienne et québécoise, c’est parce que cette dernière s’est si fortement intégrée à celle des États-Unis. Quand les entreprises n’ont pas comme actionnaires principaux des monopoles états-uniens et qu’elles ne sont pas négociées en bourse (par exemple, Domtar et ses sociétés-mères), elles ont souvent comme client quasi-unique les marchés du sud de la frontière. Cette intégration (subordination) économique n’est pas le fruit du hasard ou de la simple proximité : c’est le fruit d’un effort concerté de rendre entièrement perméables les frontières économiques de manière à avantager les grands actionnaires et le Capital.

On parle de « dumping » asiatique dans un contexte où l’hégémonie états-unienne sur les marchés mondiaux connaît un déclin relatif. Cependant, il y a lieu de se demander comment il s’avère qu’un pays aussi riche en ressources forestières soit si faible par rapport à la concurrence asiatique du secteur forestier !

Tout est à notre disposition pour produire les meubles dont notre population et notre économie ont besoin : de vastes forêts, des masses laborieuses qualifiées qui ne demandent qu’à avoir un emploi pour maintenir leur milieu et leur qualité de vie, et des régions qui perdent leur souffle et cherchent tous les moyens de se redynamiser. En seulement 20 ans, 56 % des usines de transformation primaire du bois ont fermé. Depuis l’apogée de l’industrie forestière au Québec dans les années 1970, le nombre de fermetures est incalculable.

Ce n’est pas la faute des Asiatiques, mais de la vision à court terme du capital monopoliste québécois et canadien qui tient à intégrer ce secteur de l’économie comme vassal des États-Unis.

Tout est à portée de main pour reconstruire l’économie de nos régions en particulier et du Québec et du Canada en général. Il est essentiel de reconstruire le secteur de la transformation à valeur ajoutée. Mais contrairement aux chantres du libre-échange qui ne cessent de réclamer des subventions au secteur privé, il faut absolument changer de tactique.

L’expérience et la théorie enseignent que les subventions au secteur privé et les différents stratagèmes apparentés (tels que les PPP) ne fonctionnent tout simplement pas et ne sont en réalité que des transferts massifs de richesse depuis les ressources de l’État (qui sont la plus-value socialisée à travers les impôts) vers les comptes en banque du Capital.

De plus, l’histoire nous enseigne que l’économie de marché mène inévitablement vers une concentration de l’activité économique autour des grands centres et un asservissement envers les grands blocs économiques.

Pour redynamiser l’économie et faire face à l’impérialisme états-unien qui voudrait voir notre économie et notre politique toujours plus asservies envers ses desseins, il faut approcher la question sur une base de lutte des classes et mettre en place un programme de réindustrialisation sous contrôle public et démocratique.

Ainsi seulement la transformation industrielle pourra-t-elle répondre aux besoins des gens et non du profit, et ainsi seulement les gains et la victoire pourront-ils être collectifs. Et de surcroît, ce n’est qu’en affranchissant l’industrie du contrôle des monopoles que l’on pourra réellement affranchir notre économie et, à terme, notre politique du contrôle des États-Unis.

À défaut d’une telle approche en rupture avec cette inféodation aux États-Unis, Meubles South Shore n’est qu’un prélude à d’autres variations sur un même thème…