L’économie de guerre de Carney ne résoudra pas le problème du chômage de masse, elle ne fera que l’aggraver
L’économie de guerre de Carney ne résoudra pas le problème du chômage de masse, elle ne fera que l’aggraver
Clément Liu
Clarté – Juillet 2026

Depuis la fin de l’année 2024, le nombre de chômeurs au Canada oscille autour de 1,5 million.
La dernière fois que le Canada a connu un nombre aussi élevé, c’était lors de la récession de 2008. Le taux de chômage s’élève aujourd’hui à 6,6 %, alors qu’il avait atteint 8,7 % en 2008.
Au-delà des pourcentages, le nombre de personnes à la recherche d’un emploi au Canada est élevé et ces chiffres affichent une tendance à la hausse depuis 2023. Un rapport de la Banque du Canada datant d’octobre 2024 attribue la hausse du chômage à un ralentissement économique intervenu après une période de croissance (reprise économique post-COVID). Quelques mois après la publication de ce rapport, les nouveaux droits de douane états-uniens sont entrés en vigueur et les industries canadiennes ont commencé à licencier des centaines de milliers de travailleurs.
Le Premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, a tenté de remédier à la hausse du chômage en s’en prenant injustement aux travailleurs étrangers temporaires et aux immigrants ; aujourd’hui, le Premier ministre Mark Carney renforce ces politiques. Selon un article de la CBC publié en mai, 55 % de l’ensemble des expulsions au Canada ont eu lieu au Québec au cours des quatre premiers mois de 2026. Des familles sont séparées, tout comme aux États-Unis, dans le but de « freiner » la crise du capitalisme.
S’adressant à l’Economic Club of New York le 28 mai, M. Carney s’est réjoui de l’introduction d’« une super-déduction pour la productivité offrant au Canada le taux d’imposition le plus compétitif du G7 pour les nouveaux investissements – la moitié de la moyenne du G7, et quatre points de pourcentage en dessous de celui des États-Unis ». Des données récentes de Statistiques Canada indiquent que les bénéfices des entreprises avant impôts ont grimpé en flèche, passant de 340 milliards de dollars au premier trimestre 2025 à 401 milliards de dollars au premier trimestre 2026.
Sans surprise, ces bénéfices records n’ont pas contribué à réduire le nombre de Canadiens au chômage.
Stephen Fuhr, secrétaire d’État chargé des achats de défense au sein du gouvernement Carney, a été interviewé dans un épisode récent du podcast The House de la CBC. Répondant à une question sur le soutien de l’opinion publique à l’objectif de consacrer 5 % du PIB aux dépenses militaires d’ici 2035 (soit environ 150 milliards de dollars), conformément aux directives de l’OTAN, et sur la volonté claire du gouvernement de maintenir ce soutien en réduisant le chômage, M. Fuhr a déclaré : « Si nous mettons ces dépenses importantes au service de la relance de l’économie canadienne, […] les gens pourront se dire : “ Tiens, mon père travaillait autrefois dans une usine automobile du sud de l’Ontario et maintenant, il participe à la construction de véhicules blindés, d’avions ou de navires. ” »
Il a également déclaré qu’il serait difficile de maintenir le soutien de la population à l’augmentation des dépenses militaires « si cela se résume à des avions sur le tarmac, des navires dans le port, des chars sur le terrain », faisant allusion à la nécessité de s’impliquer dans de futurs conflits militaires.
C’est également cette augmentation des dépenses militaires qui a entraîné le licenciement de dizaines de milliers d’employés du secteur public.
Le Parti communiste du Canada a souvent cité des études sur les politiques de création d’emplois pour dénoncer cette stratégie trompeuse. Chaque million de dollars dépensé dans le domaine militaire ne crée que 5 emplois, alors que le même investissement dans les soins de santé en créerait 9, voire 13 dans l’éducation. Il est tout à fait clair où nous devrions investir, compte tenu de l’état des hôpitaux, des écoles et de leurs services, des routes et de bien d’autres domaines.
Ce nombre historiquement élevé de chômeurs est exactement ce dont Carney a besoin. Son « plan pour tenir tête à Donald Trump et bâtir un Canada plus fort » consiste essentiellement à militariser le pays et, pour ce faire, il doit restructurer l’économie. Ne fermons pas les yeux sur le fait que c’est Donald Trump lui-même qui a exigé des alliés de l’OTAN qu’ils augmentent leurs dépenses militaires à 5 % du PIB.
Le Canada devrait consacrer au moins 150 milliards de dollars par an aux dépenses militaires d’ici 2035, dans le cadre de cet engagement pris auprès de l’OTAN. Le gouvernement prétendra avoir créé des centaines de milliers d’emplois.
Mais ces dépenses ne profiteront qu’à la classe capitaliste au pouvoir, et ce au détriment de la classe ouvrière, qui continuera de faire face à un taux de chômage global plus élevé, en plus de subir des coupes radicales et durables dans les programmes sociaux.