L’usine des Poudres métalliques ferme et met deux cents familles à la rue
L’usine des Poudres métalliques ferme et met deux cents familles à la rue
Laurent Thivierge
Clarté – Décembre 2025

C’était un jeudi d’automne stéréotypé, un peu de soleil, un peu de pluie. L’espèce de journée où il fait froid à l’ombre et chaud au soleil. Ce qui aura été la pire des froideurs cependant, ce n’est pas la brise qui annonce subtilement l’arrivée de l’hiver sur la ligne de piquetage quand tantôt les rayons disparaissent, mais bien le communiqué laconique de la multinationale Rio Tinto qui annonçait « la cessation définitive des activités de l’Usine des poudres métalliques du Complexe métallurgique et de minéraux critiques de Sorel-Tracy ».
Comme c’est toujours le cas quand le petit groupe de ceux qu’on ne voit jamais, mais qui détient les capitaux et dirige les affaires de l’entreprise depuis ailleurs, en considérant les pères, les frères et les mères qui se présentent à shop depuis vingt ans comme des ressources jetables, ils se désolent de « cette décision difficile mais nécessaire, prise sur la base d’analyses approfondies ».
Il faut comprendre que depuis juillet dernier, le syndicat avait déclenché une grève générale illimitée étant donné l’intransigeance de l’employeur à la table de négociation qui refusait de bonifier les salaires et de les ajuster au coût de la vie. La dernière convention collective de travail avait été négociée dans un contexte extraordinaire de pandémie et les salariés avaient déjà essuyé des reculs très importants au niveau de leur pouvoir d’achat.
Par ailleurs, bien que l’employeur prétende qu’un contexte mondial au niveau du marché de ce qui est produit par les ouvriers de son complexe des Poudres métalliques n’est pas favorable et compromet à terme la rentabilité du site, comment se fait-il qu’il continuait d’opérer en ayant recourt à des scabs (travailleurs de remplacement) pendant le conflit de travail ? Il est pour le moins curieux qu’un employeur trouve pertinent de transgresser la loi pour faire tourner une usine qui n’est pas rentable, n’est-ce pas ? C’est pourtant ce qui est arrivé et l’employeur a été reconnu coupable devant le tribunal administratif du travail (TAT).
Il ne faut pas se surprendre de l’inhumanité avec laquelle le capital cogite. Surtout dans le contexte de la montée de la droite, le terreau est fertile pour les comportements antisyndicaux, et on le voit avec le gouvernement de la Coalition avenir Québec qui multiplie les attaques envers la classe ouvrière. Il ne faut pas se leurrer : La fermeture de l’usine des Poudres métalliques est une réponse à la lutte ouvrière organisée. D’ailleurs, nous l’avons vu plus tôt cette année avec des représailles de la sorte aux entrepôts du géant Amazon, propriété de l’oligarque Jeff Bezos, mais également du côté de la succursale de Renaud-Bray à Québec.
Les attaques contre les droits des travailleurs sont tellement décomplexées présentement que les représentants des Poudres Métalliques ne se cachent même pas, ni pour invoquer la grève comme facteur ayant incité sa décision de fermer le plan, ni pour mentionner qu’il souhaitait de toute manière se départir de sa division Titane.
Finalement, les élus régionaux de tous les différents paliers ont réagi à l’unisson en témoignant leur profonde tristesse et en mentionnant que leurs pensées vont d’abord aux travailleurs. Aucun élu pour dénoncer les agissements clairement antisyndicaux de la multinationale. Personne également pour envisager la possibilité de récupérer d’une quelconque manière le plan et de le faire marcher par les ouvriers qualifiés qui le font rouler depuis plus de cinquante ans. À l’heure où la classe dirigeante répète sans cesse que nous devons s’affranchir des américains et développer notre économie localement, comment est-ce possible en pareille circonstance de baisser les bras et d’accepter ce que le député caquiste ose appeler « la fin d’un chapitre » ? La seule fin de chapitre raisonnable est celle où les travailleurs cessent d’être à la merci d’une petite caste qui gouverne dans l’intérêt du capital. Être derrière les travailleuses et les travailleurs de l’usine des Poudres métalliques, ce n’est pas leur envoyer des pensées. On ne se fait pas à manger avec des pensées. Être derrière les ouvriers de l’usine, c’est les aider à s’organiser pour retrouver ce qui, de toute manière leur appartient : la shop.