Henri Barbusse, une plume forgée dans les tranchées
Henri Barbusse, une plume forgée dans les tranchées
Normand Raymond – Le poing artistique
redaction@journalclarte.ca
Clarté #65 – Décembre 2025

Lorsque Henri Barbusse griffonne ses notes dans des carnets qui lui serviront à écrire Le Feu : journal d’une escouade, un roman paru au beau milieu de la Première Guerre mondiale et qui remportera le Prix Goncourt en 1916, on peut dire qu’il est, littéralement parlant, dans le feu de l’action. En 1914, alors âgé de 41 ans, malgré une santé fragilisée par des problèmes pulmonaires et ses positions pacifistes d’avant-guerre, Barbusse s’engage volontairement dans l’infanterie pour faire la guerre à la guerre.
C’est ainsi que pendant les vingt-deux mois qu’il passe au front, en tant que combattant dans les tranchées, il retranscrit le plus fidèlement possible les horreurs qu’il voit et ressent de cette guerre, pour ensuite les révéler et faire comprendre à quel point la guerre est inutile et inhumaine. Il décrit avec un réalisme dépouillé les scènes quotidiennes de peur, la faim, l’absurdité des combats et de la mort qu’il côtoie dans la boue des tranchées. Véritable monument de la littérature française, cette œuvre est un incontournable à connaitre pour les révolutionnaires authentiques.
De la poésie d’idées à la prose poétique
Écrivain, poète, homme politique, scénariste et journaliste français, Henri Barbusse nait le 17 mai 1873 à Asnières-sur-Seine et décède d’une pneumonie le 30 aout 1935 à Moscou, alors qu’il participe à des activités liées à la cause communiste. C’est à l’adolescence qu’il écrit ses tout premiers vers, sous l’influence de son père qui, lui-même écrivain, lui donne le gout de la poésie et l’encourage dans cette voie. Toutefois, il ne publiera qu’un seul recueil de poèmes, Pleureuses, en 1895, avant de se tourner définitivement vers la prose littéraire, avec la publication d’un premier roman Les Suppliants, en 1903. Néanmoins, loin d’être un simple exercice de style, il n’abandonnera jamais tout à fait la poésie. Tenant à la fois du poème et du roman, son œuvre littéraire qui comprend une douzaine de romans, recueils de nouvelles et récits, restera jusqu’à la fin celle d’un écrivain poète.
Dans son roman Le Feu, Barbusse utilise un langage populaire, argotique et même vulgaire, ce qui constitue une preuve manifeste chez lui de rébellion contre l’ordre établi. Il va jusqu’à fouler au pied les règles conventionnelles du français classique, pour exprimer sa rébellion intérieure contre le désastre engendré par les tueries. Ce faisant, son récit apparait à la fois comme une écriture de la révolte contre la guerre et comme une écriture de transgression du roman. Aussi, il s’insurge contre le capitalisme qui, selon lui, opprime les peuples par une minorité de privilégiés. Pour lui, son œuvre littéraire doit avant tout servir de repère à l’homme afin d’éviter d’éventuels conflits.
Figure de proue antifasciste et pacifiste
Fervent admirateur de la Révolution russe, Barbusse se rapproche progressivement du mouvement communiste et adhère au Parti communiste français (PCF) en 1923. Il se liera ensuite d’amitié avec Lénine et Gorki, au cours de plusieurs voyages qu’il effectuera en URSS. En avril 1926, il s’investit politiquement dans la presse, notamment en rejoignant le journal communiste L’Humanité en 1926, en tant que directeur littéraire et fonde sa propre revue Monde, en 1928, qui vise à fédérer tant les écrivains que les artistes antifascistes autour des idéaux révolutionnaires. Dès lors, il prend part à de nombreuses organisations militantes et fonde des mouvements et des revues qui promeuvent une littérature prolétarienne.
Infatigable animateur de revues, de congrès et de comités, fidèle communiste et militant pacifiste, Barbusse rejoint l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) en 1932, section française de l’Union internationale des écrivains révolutionnaires (UIER) fondée à Moscou en novembre 1927. Il sera notamment l’un des fondateurs du Mouvement Amsterdam-Pleyel, créé en 1932, qui jouera un rôle précurseur dans la constitution d’un front unitaire contre la montée du fascisme en Europe. Ce mouvement ne tardera pas à devenir le plus vaste mouvement antifasciste en France, à rassembler des intellectuels de gauche luttant contre la guerre.
Un mouvement issu d’un roman
Publié en 1919, son roman Clarté, empreint de conviction révolutionnaire, qui dépeint les horreurs de la guerre à travers les yeux d’un soldat et prône l’établissement d’un monde nouveau, appelle à une transformation radicale de la société. Et c’est dans le but de promouvoir la fraternité entre les peuples et de faire de la Première Guerre mondiale la dernière, que Barbusse fonde, en collaboration avec Raymond Lefebvre et Paul Vaillant-Couturier, le Mouvement Clarté et une revue du même nomen 1919.
Ce n’est donc pas par hasard si, en 1935, la section québécoise du Parti communiste du Canada décide de lancer le journal Clarté, avec Stanley Bréhaut Ryerson comme rédacteur qui signe ses articles sous le nom d’Étienne Roger. Par conséquent, si ce journal porte le même nom que ce groupe d’intellectuels français, c’est notamment le désir de transparence et de lumière dans le souci de promouvoir une clarté internationale de la pensée, comme un symbole de la lutte des travailleurs et travailleuses pour une vie meilleure et plus resplendissante.