La grève s’intensifie sur la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout
La grève s’intensifie sur la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout
Alexandre Courtois
Clarté – Août 2025

Les travailleuses et travailleurs de la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout, rassemblés sous la bannière du Syndicat national des traversiers du Québec–CSN, dressent aujourd’hui un nouveau rempart contre l’intransigeance patronale et le mutisme du gouvernement.
Privés de convention collective depuis plus d’un an, ces hommes et femmes, pilier vivant du transport maritime régional, annoncent une nouvelle séquence de grève : du 18 au 29 juillet pour l’équipage en mer, puis du 30 juillet au 3 août pour les travailleuses et travailleurs à quai.
« L’employeur et le gouvernement doivent faire ce qu’il faut pour que la négociation progresse. C’est ridicule de nous présenter toujours les mêmes offres en exigeant une flexibilité à outrance. On nous dépose encore une offre salariale de 12,7 % sur cinq ans en exigeant des concessions exagérées. Souhaitons que la pression exercée permette enfin d’obtenir une bonne entente » tonne Patrick St-Laurent, président du Syndicat national des traversiers du Québec–CSN.
Depuis des mois, la Société des traversiers du Québec et le gouvernement de la CAQ opposent à la juste revendication de ces travailleuses et travailleurs un mur de surdité. Au nom de quelle logique faut-il accepter une offre salariale famélique de 12,7 % sur cinq ans, tandis que l’inflation ronge chaque dollar de paye ? En échange ? Une flexibilité sans limite, autrement dit une soumission docile aux caprices de la direction. Mais ce temps-là est révolu.
À ses côtés, Stéphanie Gratton, vice-présidente de la Fédération des employées et employés de services publics–CSN, fustige la lenteur calculée des négociateurs : « Pourquoi le gouvernement et la Société des traversiers du Québec continuent-ils de se trainer les pieds ? Ils nuisent tellement à la négociation qu’ils forcent les travailleuses et les travailleurs à faire la grève pour que ça bouge enfin. Après des mois de négociation, il est temps d’avoir les mandats à la table pour régler »
Et pendant ce temps, la CAQ, qui se targue d’être « le gouvernement des régions », trahit celles et ceux qui, par tous les temps, assurent le lien vital entre le Bas-Saint-Laurent et la Côte-Nord. Liette Ross, présidente du Conseil central du Bas-Saint-Laurent–CSN, le rappelle sans détour : « La CAQ abandonne les travailleurs et les travailleuses de la traverse qui est un service important pour les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord. Avec la haute saison en cours, ça prend un règlement au plus vite ».
Sophie Falardeau, 33 ans et demi de traversée sur le Québec–Lévis, a vu son salaire grimper de neuf pauvres dollars en trois décennies. Carl Guillemette, de la même traverse, observe la faim gagner les rangs : « Nos gens finissent dans les banques alimentaires. » Voilà la réalité nue que le patronat ne veut pas entendre.
La STQ s’entête, ressasse la même offre que l’été dernier. Liette Ross, présidente du Conseil central de la CSN au Bas-Saint-Laurent, l’affirme sans détour : « On abandonne nos travailleurs au nom d’une prétendue rigueur budgétaire. Pourtant, le gouvernement, pour ses fonctionnaires, a signé pour 17,4 %. Pourquoi pas ici ? »
La bataille est engagée. Dans chaque port, sur chaque quai, sur chaque traversier, la solidarité doit résonner comme un moteur que rien n’arrête. Les travailleuses et travailleurs se dressent, conscients de leur force collective. À la rigidité de l’État, ils opposent leur volonté organisée : la négociation doit avancer. À défaut, c’est la grève, encore et toujours, jusqu’à la victoire.