Don Legault et ses moulins émissaires

Don Legault et ses moulins émissaires


Adrien Welsh
Clarté – Décembre 2025


Le voilà! Don Legault galope dans la plaine de la Mancha patronale, adjuvé de ses fidèles écuyers. Il assène le coup de grâce à ses ennemis pour protéger les habitants de son fief… Or, notre Quichotte moderne ne se différencie que chronologiquement du célèbre personnage de Cervantès : pendant que les manants, métayers, serfs, bêchent et labourent pour une poignée d’écus plus léger que la sueur versée par leur labeur, le bon seigneur, preux chevalier, sabre et estoque des moulins à vent pris pour des envahisseurs maures ou sarrasins. 

Legault en fait autant. 

Il s’attaque à l’inefficacité de l’État dans un but de redressement économique. Pendant ce temps, des milliards de deniers publics pleuvent sur les grandes entreprises privées qui s’adonnent à l’évasion fiscale ou à d’autres combines pour mettre en valeur le capital et non le travail ni les intérêts de l’économie nationale. Le flop monumental de la filière batterie quant à lui ne génère en rien l’appel d’air escompté. L’intégration de l’économie québécoise aux marchands d’armes, donc de mort, européens ou états-uniens (qu’importe, ils sont tous otaniens, donc inféodés aux États-Unis) ne stimulera pas plus une économie québécoise souveraine et à valeur ajoutée et ce, malgré les milliards qui y seront affectés. Les scieries et aciéries continueront de fermer, mettant à sac des régions entières tandis que les PME et les petites productions agricoles seront sur la paille à la suite des tarifs douaniers ou de la renégociation de l’AÉUMC. 

Lors de son élection en 2018, la CAQ promettait un médecin de famille pour tous et des temps d’attente réduits à l’hôpital. Avec la Loi 2, il s’en prend aux médecins certes grassement rémunérés, mais il occulte le système public devenu famélique – cible principale de ses attaques d’ailleurs. Pourtant, en 2019, 82% des Québécois avaient accès à un médecin de famille contre 72% en 2024… Ironie du sort, la création de Santé Québec devait permettre e se débarrasser de la bureaucratie et étendre la couverture médicale… 

On pourrait en dire autant en matière d’éducation. Le Ministre Drainville s’en prend à l’inefficacité des professeurs. Pourtant, ses réformes n’ont de succès que les records battus chaque année en matière de professeurs manquants à la rentrée scolaire. 

La CAQ se veut défenderesse du français. Soyons-en fort aise. Néanmoins, les financements en matière de francisation se réduisent à peau de chagrin tandis que le PEQ, élément cardinal dans l’intégration des nouveaux arrivants au Québec, est en voie d’être aboli. 

Elle craint pour les valeurs québécoises : créons une Constitution provincialiste antidémocratique par la fond comme par la forme afin d’inscrire le nationalisme étroit et réactionnaire dans un texte faussement légal pour induire en erreur la population. Pendant ce temps, loin d’être réglée, la question nationale continue d’être un outil de division auprès de la classe dirigeante. 

Devant un coût de la vie mirobolant, une crise du logement devenue humanitaire, Legault darde les immigrants comme responsables. Or, les taux d’immigration réduits n’ont en rien endigué ni l’une ni l’autre de ces crises… 

Mais qu’importe. Un moulin émissaire n’attend pas l’autre. Les syndicats semblent être la raison de tous les maux du Québec actuel. Quintessence de leur ignominie, ils osent faire grève et ainsi prendre les patrons en otage… Quelle honte! Évacuons toute résistance ouvrière et laissons le marché s’occuper de tout! 

Pendant ce temps, les salaires généralisés n’augmentent pas. Ils ne stagnent pas non plus : ils baissent comme en témoignent les queues sans cesse plus longues devant les banques alimentaires et les tentes qui jonchent nos rues en guise d’abris pour les moins nantis, dont certains occupent un emploi à temps plein… 

Alors que notre Quichotte s’attaque aux moulins à vent, non seulement son peuple souffre, mais son suzerain (Carney), lui-même vassal de l’impérialisme yankee, engage ses troupes vers une guerre non plus potentielle, mais réelle et non contre des moulins à vent pour le coup. 

L’heure n’est donc pas à jouer les Sancho Pança qui confortent le Quichotte dans ses lubies éthérées. Il n’est pas plus l’heure de glorifier un roi nu (sans doute suédois en quête de marchés d’armement). 

L’heure est au courage : celui de la Pasionaria comme celui des MacPaps. Bien sûr, il n’est pas question de sacrifier sa vie comme dans les années 1930. Mais il s’agit tout de même de s’assurer que lorsque Dolores Ibarrurri scandait « No Pasaran », elle ne s’attaquait pas seulement aux franquistes, mais aux capitalistes qui rendaient le fascisme nécessaire. 

Bref, il n’est pas question de contre-attaquer les salves de Legault dirigées contre des moulins à vent. Il s’agit de diriger les nôtres contre le pouvoir des monopoles.