Le Parti libéral du Québec : des « culottes à Vautrin » aux « brownies à Pablo »
Le Parti libéral du Québec : des « culottes à Vautrin » aux « brownies à Pablo »
Adrien Welsh
Clarté – Décembre 2025

En mai 1936, le chef de l’Opposition officielle à Québec, Maurice Duplessis, convoque le Comité des comptes publics de l’Assemblée législative. Orateur et politicien habile, il sait se saisir des leviers à sa dispositions pour affrioler l’opinion publique et la canaliser contre le Parti libéral en poste depuis déjà 39 ans.
C’est ainsi qu’il dévoile la gabegie financière à laquelle s’adonne le Parti dirigé par Taschereau. Apogée de cet épisode de l’histoire politique québécoise, le ministre de la Colonisation, Irénée Vautrin, se fait admonester pour avoir demandé au contribuable de payer ses breeches, pantalons adaptés pour sa visite abitibienne. Évidemment, Duplessis attige cet exemple pour bâtir un discours populiste antilibéral et se bâtir un capital politique basé sur une promesse de probité tranchante avec le Parti libéral « des élites » et corrompu par Ottawa. De là nait l’expression populaire des « culottes à Vautrin » comme exemple-type de la corruption inhérente au Parti libéral.
Pourtant, le système de patronage politique de l’Union nationale, érigée en véritable État dans l’État avec pour cheville ouvrière son « argentier », l’infâme Martineau, les bourrages d’urnes, les achats de votes, le chantage et l’intimidation politique sont caractéristiques de la méthode Duplessis, particulièrement dans les années d’après-guerre. L’Union nationale sera également vilipendée par la commission Salvas qui force la démission de son Chef, Antonio Barrette. Autant pour la probité…
Plus tard, le Parti libéral semble se tenir à carreau. Pourtant, ce n’est qu’un secret de Polichinelle que Pierre Laporte, ministre du Travail assassiné par le FLQ, jouait le jeu d’indicateur de la mafia au sein du gouvernement Bourassa. Ce lien structurant entre le Parti libéral du Québec, les potentats économiques et le crime organisé se révèle au grand jour lors de la Commission Charbonneau au début des années 2010.
Les suzerains censés défendre les politiques libérales dans la sphère municipale ne sont pas épargnés, comme le témoignent les scandales autour de l’administration Tremblay et de sa collusion systématique avec le monde interlope. Sentant la pression monter, il démissionne en 2012 et place Michael Appelbaum, un fusible qui sautera pour épargner le maitre de l’opération.
Même à l’échelon fédéral, on comprend que la politique s’achète : le scandale des commandites rappelle comment, sous prétexte d’imposer l’unité canadienne – ce qui signifie essentiellement défendre l’Amérique du Nord britannique – les libéraux de Chrétien n’ont pas hésité à piger dans les deniers des contribuables pour financer le camp du « non » lors du référendum de 1995. Apparemment, le ministre des Finances de l’époque, Paul Martin « ne savait rien de tout cela »…
En coiffant Pablo Rodriguez du tiare de la chefferie du Parti, les libéraux québécois espéraient faire peau neuve. Or, c’est d’une tunique de Nessus dont hérite le nouveau Chef qui doit aujourd’hui répondre au DGEQ, à la Commissaire à l’éthique et même à l’UPAC au sujet de « brownies » (billets de 100$ versés par le PLQ à ses membres pour acheter leur vote lors de la course à la chefferie, pratique semble-t-il légale selon le DGEQ) et de l’emploi d’assistants parlementaires à des fins partisanes.
Rodriguez était-il au courant de cette manœuvre? Impossible à prouver ni à démentir. Néanmoins, il difficile de récuser les propos péquistes qui n’hésitent pas à rappeler qu’il s’agit d’un problème de Parti et non de Chef.
Pourtant, on ne peut que souligner que la mémoire de ces chevaliers de l’éthique est plus courte que leur mèche à quelques mois des élections prochaines. Ils semblent oublier que leur intégrité est également entachée par des scandales financiers dont le détournement de fonds parlementaires de 2017 où environ 175 000$ ont été détournés de l’Assemblée nationale pour éponger les dettes du PQ. Au coeur de la manœuvre se trouve nul autre que… PSPP!
Mais le PQ et les libéraux sont loin d’être les seuls partis empêtrés dans ce genre d’écheveau financier. Rappelons-nous de la CAQ et de ses réceptions à 100$ l’entrée pour accéder aux députés locaux. Et que dire des emplois fictifs qui ont entamé les chances de victoire du camp de François Fillon lors des présidentielles françaises de 2017? Et le financement occulte de la campagne de Sarko qui lui a valu quelques nuitées à la maison d’arrêt de la Santé?
Ainsi, des « culottes à Vautrin » aux « brownies à Pablo » en passant par la commission Charbonneau, il ne s’agit ni d’un problème de Chef, ni d’un problème de parti; mais de celui d’un système tout entier où la politique n’est que transaction et la démocratie, marchandise. La démission de Rodriguez ne changera rien à cette dynamique structurelle et structurante de la démocratie bourgeoise.