Congrès de la FTQ: une soif de combativité qui reste à organiser

Congrès de la FTQ: une soif de combativité qui reste à organiser


Igor Sadikov
Clarté – Janvier 2026


Du 24 au 27 novembre dernier, 1 500 délégués étaient réunis à Québec pour le congrès triennal de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Marqué avant tout par le contexte des attaques antisyndicales du gouvernement Legault, le congrès a été une occasion de constater la soif de combattivité au sein du mouvement syndical, mais aussi la difficulté des centrales syndicales de se montrer à la hauteur de la situation puisque leur horizon politique actuel se limite au « dialogue social » et à la collaboration de classe.

Les congressistes ont voté plus de 70 résolutions, principalement en réponse aux reculs sociaux et sectoriels des dernières années. Les délégués ont dénoncé les coupures et la tendance à la privatisation dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des transports collectifs et de l’énergie. Ils ont exprimé un soutien à la campagne visant l’élargissement des services postaux et à l’investissement massif en logement social. Ils ont dénoncé les reculs des droits syndicaux et la déréglementation dans l’industrie de la construction ainsi que les impacts discriminatoires sur l’accès à l’emploi de l’interdiction des signes religieux. Cependant, les résolutions votées se bornent en grande majorité à des demandes au gouvernement, à la pièce et dans une posture de lobbying. Elles ne sont pas ficelées dans un plan d’action qui permettrait d’orienter la mobilisation et la construction d’un rapport de force.

Devant la loi 14 (PL 89) et au PL 3, qui s’attaquent au droit de grève, à la démocratie syndicale et la capacité d’action politique des syndicats, la nécessité d’une mobilisation extraordinaire fait l’unanimité. Mais pour la direction syndicale, comme pour une grande partie des délégués, cette mobilisation a avant tout une visée électoraliste, soit de soutirer des promesses électorales. C’est ainsi que le congrès a déroulé le tapis rouge aux chefs des partis d’opposition et les a applaudis à l’occasion d’un panel, malgré le mépris évident de ceux-ci envers les syndicats et leur refus de s’engager à abroger l’ensemble des réformes de la CAQ touchant les droits syndicaux.

Cette posture trahit une vision politique dans laquelle le rôle du mouvement syndical n’est pas de lutter contre le patronat, mais de collaborer avec celui-ci dans le cadre d’un « dialogue social » avec l’État comme médiateur, le tout dans le but d’obtenir juste assez de concessions pour amadouer la classe ouvrière et maintenir la « paix sociale ». Comme l’a bien résumé Magali Picard, la présidente de la FTQ réélue pour un second mandat, « je suis tannée d’être fâchée ». Elle oublie que les conquêtes sociales sont le produit et la cristallisation du rapport de force qui existait à un moment historique particulier et que la bourgeoisie, elle, n’hésite pas à passer à l’offensive dès qu’elle en a les moyens.

Aujourd’hui, alors que la bourgeoisie cherche à combattre la tendance à la baisse du taux de profit, la crise généralisée du système impérialisme se traduit par l’intensification de la compétition entre États et des guerres au niveau international, puis par l’austérité et la militarisation de l’économie au Canada. L’heure est à l’unité de classe et à la solidarité internationale. En ce sens, les délégués ont voté des résolutions de solidarité avec la Palestine exigeant une solution fondée sur le droit international. Ils ont cependant défait une résolution pour un gel des dépenses militaires canadiennes, sous prétexte que celles-ci génèrent des emplois dans l’industrie de l’armement. Il y a ici une incapacité inquiétante à comprendre la militarisation de l’économie comme intrinsèquement liée aux coupes dans les services publics et dans le salaire social, et contraire aux intérêts communs de la classe ouvrière.

Réunis en commissions, les congressistes ont discuté du recul continu du taux de couverture syndicale, attribuable au déclin du secteur manufacturier, à l’offensive patronale accrue, ainsi qu’à l’inadéquation du cadre légal quant à l’accréditation sectorielle, à la sous-traitance ou aux travailleurs « autonomes » dépendants. Les solutions proposées incluent la mobilisation autour de l’expansion de l’accès à la syndicalisation, l’organisation syndicale de travailleurs sans accréditation formelle et la création de maisons des travailleurs pour rejoindre les non syndiqués. Ce sont des pistes prometteuses, pour autant qu’elles ne se résument pas à une prestation de services, mais servent plutôt à unir syndiqués et non syndiqués autour d’un programme d’action unitaire dans les intérêts larges de la classe ouvrière.

En effet, c’est là la tâche des éléments progressistes au sein du mouvement syndical : renforcer une perspective orientée vers l’action politique indépendante de masse autour de positions de rupture avec le pouvoir des grandes entreprises. Le mouvement syndical doit devenir une force centrale dans la lutte pour la mise sous contrôle public et démocratique des industries-clé de notre économie, pour la sortie du Canada de l’OTAN et pour son affranchissement de l’impérialisme états-unien.

La division des syndicats québécois en centrales distinctes (FTQ, CSN, CSQ, etc.) peut rendre cette tâche plus complexe, car elle dilue le poids des forces progressistes à travers chacune des instances. Mais cette pluralité structurelle n’est pas pour autant un obstacle fondamental à l’unité en action du mouvement syndical, comme le démontrent les luttes en front commun et les nombreuses mobilisations conjointes. Partout, il s’agit d’organiser l’énergie et la combativité de la classe ouvrière pour la construction d’un réel rapport de forces contre le patronat.