La femme est l’avenir de l’Homme
La femme est l’avenir de l’Homme
Adrien Welsh
Clarté – Mars 2026

“L’avenir de l’homme est la femme / Elle est sa rumeur et son bruit / Et sans elle, il n’est que blasphème” écrivait Aragon dans Le fou d’Elsa. Fidel quant à lui rappelle que la femme représente une “révolution au sein de la Révolution”.
À l’occasion du 8 mars, Journée internationale du droit des femmes, nous ne pouvons qu’exprimer notre solidarité active et enjoindre nos lecteurs d’en faire de même envers les femmes qui, à travers leurs luttes démocratiques, font siennes les luttes pour le progrès social, l’égalité, la paix et le travail.
Aujourd’hui, alors que les bombes pleuvent à verse, que les services publics sont démantelés et que le droit au travail comme les droits démocratiques des femmes sont sur le billot, cette “moitié du ciel” et sa lutte arborent un caractère des plus universels.
La CAQ et les femmes : une relation complexe
Rien ne sert de jouer les Procuste. On se rappelle l’hystérie des premiers jours suivant l’élection de la CAQ en 2018 où gauchistes et autres activistes se sont imaginés que Legault représentait une version québécoise de Trump. Ce télescopage ne s’est pas avéré. Que Legault soit réactionnaire ne fait aucun doute, mais essayer de l’intégrer dans des schémas théoriques préconçus, escamoter la réalité pour qu’elle s’y accorde ne fait qu’empêcher une analyse sérieuse de ses politiques.
En huit ans de pouvoir personnel, François Legault n’a pas lésiné sur les moyens pour concentrer le pouvoir des monopoles au Québec. Subventions publiques historiques aux grandes entreprises, destruction des institutions de lutte historiques (lois antisyndicales, abolition des commissions scolaires, etc.), projets de loi antipopulaires trop techniques pour inciter une levée de bouclier (notamment la contre-réforme du régime de santé et de sécurité au travail) et casse des services publics (ex.: la création de Santé Québec dont l’objectif est d’orchestrer la mise en concurrence entre le public aux abois et le privé grassement subventionné) constituent l’essentiel de l’attirail mobilisé par la CAQ.
Pour dorer la pilule, ce “commando monopoliste” n’a eu de cesse de stimuler les plus vils aspects de la question nationale, à savoir le nationalisme étroit et réactionnaire comme la laïcité de soutane. Le projet de Constitution (loi 1) complètement verrouillé et anti-démocratique qui ne fait qu’ériger la Charte des valeurs québécoises en Magna Carta d’un putatif État québécois, la loi sur la laïcité à l’école qui force des employées musulmanes à choisir entre le travail et leur foi, l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) sous prétexte de saturation de notre capacité d’intégration de l’immigration ne représentent que quelques exemples édifiants qui prouvent que la CAQ s’est essentiellement servie des immigrants comme boucs émissaires.
Mais qu’en est-il des femmes? Peut-on affubler le gouvernement actuel du qualificatif “misogyne”?
Si l’on s’en tient aux chiffres, on constate que les places en garderies ont augmenté, que l’écart salarial entre hommes et femmes se resserre passant de 9,4 à 8,4% depuis 2018 tandis que le taux d’activité des femmes dépasse les 88%. Les budgets contre le proxénétisme et la traite humaine, réduits par le gouvernement Couillard, sont bonifiés de 20 millions de dollars par an tandis que huit millions de dollars ont été injectés afin de faciliter l’accès à l’avortement…
D’un point de vue strictement comptable, voire bureaucrate, difficile d’arguer que la CAQ constitue un gouvernement essentiellement misogyne.
Certes, le projet de loi 94 prive des milliers de femmes de leur droit au travail, donc à la dignité et à l’émancipation sous prétexte qu’elles seraient… opprimées parce qu’elles portent le hijab! Cette réduction de la laïcité à un code vestimentaire en pervertit l’essence, à savoir la séparation entre le religieux, confiné à la sphère privée, puisque le port du voile, acte essentiellement privé, devient affaire d’État. Que ces philistins bornés nous expliquent en quoi mettre à pied des centaines d’employées du réseau de l’éducation (en carence impérieuse de main d’oeuvre du reste) sert la cause des femmes, sans compter que souvent, ces travailleuses mises à pied arrivent de pays où les luttes ouvrières sont plus développées et pourraient de ce fait bénéficier à leurs collègues masculins comme féminins dans le combat contre le capital. Sans doute est-ce cette unité que craint le patronat.
Il reste que bien plus que misogyne, le gouvernement Legault, amphitryon du patronat coalisé, se caractérise par sa viciosité. Loin des assauts des gouvernements libéraux et péquistes précédents, l’offensive patronale s’est raffinée avec cette bande de flibustiers de la politique-marchandise.
Oui, la CAQ a créé des places en garderies… mais au privé, minant ainsi le réseau des CPE publics ce qui, à terme, ne peut avoir d’autre impact qu’un système dysfonctionnel où l’universalité est mise à mal au profit de la logique censitaire. Or, c’est justement l’existence de ce réseau de services de garde qui permet aux femmes québécoises d’atteindre un des taux d’activité les plus élevés en Amérique du Nord.
Oui, la CAQ peut haranguer les femmes d’avoir réinvesti dans certains services comme l’accès à l’avortement, mais d’une part, il ne s’agit que de broutilles, celui-ci demeurant inaccessible dans plusieurs milieux ruraux en particulier. De l’autre, un système de santé géré par le privé non seulement nous prive de santé, mais à terme, prive les femmes du droit essentiel à l’avortement.
Oui, la CAQ peut se targuer d’avoir réduit l’iniquité salariale – en huit ans, elle serait réduite d’un pourcent, ce qui veut dire, oh bonheur, que l’équité salariale devrait, à ce rythme, attendre 56 ans! Mais qu’importe, puisque cette avancée, loin d’une offrande gouvernementale, résulte d’une lutte extraordinaire menée par les employés du secteur public en 2023 qui n’ont pas hésité à lancer leurs forces dans la bataille pour gagner de meilleures conditions de travail et de salaires. À pratiquement 80%, il s’agit de femmes qui refusent et s’organisent contre cet état de fait où leur travail brille par sa dévaluation systémique. Or, revaloriser les emplois à rabais passe par le renforcement du mouvement syndical. Les lois dignes du McCarthyisme imposées par la CAQ n’ont d’autre objectif que la fin du mouvement syndical comme pinacle des luttes démocratiques et populaires, incluant la lutte démocratique des femmes.
En ce sens, la CAQ ne s’attaque pas frontalement aux femmes; du moins, ni plus ni moins que les gouvernements précédents. Elle ne mérite aucune palme autre que celle de s’attaquer à la classe ouvrière en général, ce qui, patriarcat oblige, affecte les femmes en particulier.
Politica lacrimosa
Non, la femme n’est pas victime de l’homme. Elle est l’avenir de l’Homme. Le double fardeau qu’elle porte ne lui est pas imposé par les hommes. Elle ne le porte pas parce que femme : personne ne porte en soi le gène du servage. Son oppression ne correspond pas à une identité, mais à une réalité objective : celle de la division de la société en classes où le rôle de reproduction s’intègre aux schémas capitalistes.
La politique lacrymale réduisant les femmes à leur oppression sert les intérêts d’un discursisme grandiose. La bourgeoisie s’en sert à profusion. Elle cherche à diviser hommes et femmes de la classe ouvrière.
L’égalité des sexes ou des genres, l’égalité nationale comme les autres droits démocratiques ne sont que des voeux pieux si ces revendications ne s’intègrent pas dans la lutte opposant le travail au capital.
L’heure n’est pas à s’attaquer à la CAQ, mais au pouvoir des monopoles quel qu’il soit. Hommes comme femmes avons le même intérêt : celui de la lutte permanente.