L’OTAN ne nous protège pas de l’OTAN… Vraiment?

L’OTAN ne nous protège pas de l’OTAN… Vraiment?


Adrien Welsh
Clarté – Février 2026


Les élucubrations intrépides de Trump à l’égard du Groenland suscitent la torpeur à travers les pays membres de l’OTAN qui se mobilisent. Le Canada envisage même d’y envoyer des troupes en appui aux Européens en position soi-disant pour défendre la souveraineté de l’ile… groenlandaise ou danoise? Il semble que ce « détail » ne fasse pas partie de l’équation, mais passons.

On peut ergoter à souhait sur les véritables intentions du Président états-unien. On peut douter qu’il exécute sa menace d’annexion et postuler qu’il s’agit essentiellement d’une tactique d’intimidation pour forcer l’imposition des capitaux de Wall Street comme partenaire privilégié dans l’extraction des riches minerais qu’abrite le sous-sol du Kalaalliit Nunaat et de soutirer d’autres concessions notamment autour de la navigation dans l’Arctique. Serait-ce une manière d’affaiblir l’Union européenne? Ou, pourquoi pas, une manière bien tordue pour forcer les pays membres de l’OTAN à se mobiliser et justifier leur réarmement – ne l’oublions pas, c’est à sa demande que les pays membres s’engagent à dépenser 5% de leur PIB en armement.

Il est facile de se confondre en conjectures et théorèmes. Le fin mot de l’histoire sortira bien rapidement.

Toutefois, rien n’est plus risible que d’entendre couiner les pleurs des Carney, Macron et autres qui tentent de blanchir les mains de l’impérialisme en opposant leur impérialisme à visage humain à celui de Trump qui serait « démesuré ». Mieux encore, ils instrumentalisent l’aversion de l’actuelle administration de Washington à l’égard du multilatéralisme pour faire croire que le rempart aux ténèbres trumpiens demeure la consolidation de l’OTAN.

Ces balivernes révèlent une hypocrisie et un mépris incroyable de la part de cette classe dirigeante qui sait pertinemment que dans les statuts de la Charte atlantique même, il est stipulé que le commandant militaire de cette alliance militaire, même caché derrière un pantin de service scandinave qui officie à titre de Secrétaire général, est… états-unien!

Qu’ils nous expliquent comment l’OTAN compte défendre la souveraineté d’un État membre contre le véritable chef de cette armée globale, soit l’impérialisme yankee! L’OTAN serait-il censé nous protéger de… l’OTAN? Prévoient-ils une mutinerie mondiale?

La scène peut paraitre kafkaïenne, mais elle suinte, hélas, la réalité. Les médias s’affolent aujourd’hui devant le spectre d’un conflit ouvert entre États membres de l’OTAN. Certains commentateurs brillent par leur ignorance et poussent la farce au bord du ridicule en affirmant le plus sérieusement du monde qu’il s’agirait d’une « grande première ». 

Pourtant, quelques minutes de recherche suffisent (ou un cours d’histoire contemporaine élémentaire) pour constater que les actes de prédation et d’occupation entre États membres de l’OTAN, ou plus globalement du « camp occidental » écument les relations internationales des 80 dernières années.

Chypre en est le meilleur exemple à ce jour. Ce « porte-avions insubmersible » de la méditerranée orientale est occupé, au nord, par la Turquie depuis 1974. En conséquence, la partie sud, la République de Chypre, est défendue par l’armée grecque qui y déploie un important contingent. Autrement dit, l’armée d’un État membre de l’OTAN aide un pays souverain à se prémunir de l’invasion d’un autre État membre de l’OTAN… Et comme si un serpent se mordant la queue ne suffit pas, la Grande-Bretagne, autre État membre de l’OTAN, arbitre le conflit en stationnant des troupes dans sa base de Famagouste!

On peut d’ailleurs facilement s’étendre au sujet des tensions constantes, escarmouches et provocations entre la Grèce et la Turquie dans leur compétition sur le contrôle de la méditerranée orientale…

Soulignons également l’occupation par la Grande-Bretagne, pays membre de l’OTAN, de six des neufs comtés de l’Ulster, une des quatre provinces d’Irlande (autre pays membre de l’OTAN). Et que dire de l’occupation des malouines argentines, bien que ce pays appartienne au « camp occidental »? 

On le sait, l’impérialisme ne connait ni alliés ni amis. Il n’est que le produit d’un système global : le capitalisme à son stade ultime. Son seul dessein est de garantir un maximum de profits pour les monopoles. Or, dans un contexte de crise généralisée du capitalisme, la marge de manœuvre de ces derniers afin d’obtenir un retour sur investissement adéquat se réduit à peau de chagrin. La compétition entre eux s’intensifie. Elle devient de plus en plus violente et féroce. Les alliances, qui sont toujours de circonstance, ne tiennent plus, le monde se recompose à coup de menaces, tarifs, sanctions, invasions et guerres.

 Telle est la nature intrinsèque de l’impérialisme qui ne peut être pacifié ni réformé. Les menaces de Trump, son bellicisme exalté, ses politiques commerciales agressives ne sont pas des anomalies, pas plus qu’elles ne sont la cause de l’impérialisme qui est lui-même le symptôme du pouvoir des monopoles capitalistes.

En conséquence, s’il est un élément à retenir de cette période de volatilité généralisée, c’est bien la nature prédatrice de l’impérialisme et le danger de guerre mondialisée qu’il porte à travers le monde. Plus que jamais, il est temps d’oser affronter le pouvoir des monopoles et de s’attaquer à l’impérialisme en commençant par se retirer immédiatement de l’OTAN et du NORAD, du Dôme d’Or et de toute aventure ou alliance impérialiste.

 Il est temps, enfin, de faire entrer le Canada dans le camp de la paix, donc dans le camp du socialisme.