Zohran Mamdani : une victoire du socio-économique, mais gare au revers…

Zohran Mamdani : une victoire du socio-économique, mais gare au revers…


Andrea Breathnach
Clarté – Décembre 2025


Coup de théâtre sur Broadway le 4 novembre dernier : le démocrate « de gauche » d’origine ougandaise, Zohran Mamdani remporte la mairie de la métropole états-unienne. Aussitôt, la gauche en liesse célèbre cet oasis de démocratie – ou plutôt de libéralisme, pour reprendre les termes canons de la politique de nos voisins du sud – dans une « Amérique » trumpiste aux accents répressifs et liberticides.

On s’empresse à rivaliser de créativité pour développer des discours prouvant qu’il s’agit d’une victoire d’une lutte en particulier : victoire pour la Palestine, victoire de l’antiracisme, victoire de la démocratie, défaite de l’islamophobie, de la transphobie, etc. Tous les groupes communautaires s’alignent dans les blocs de départ, prêts à faire pression sur la nouvelle administration municipale et sécuriser leur représentativité – ou plutôt leurs subventions, politique discursive essentialiste du melting pot yankee oblige.

Peu pourtant semblent analyser cette victoire d’un point de vue plus global. Le vote Trump de 2024 est essentiellement caractérisé par une colère populaire dirigée contre les « élites » responsables de conditions de travail dégradées, de salaires de misère, de l’absence de services publics et de salaire socialisé. En l’absence de perspective politique progressiste, le populisme de Trump canalise cette colère. Or, un an plus tard, les discours empoisonnés, le style vitriolique, les tarifs et sanctions n’améliorent en rien l’emploi, ni les conditions de travail ou de vie des masses populaires états-uniennes.

Ainsi, malgré un Parti démocrate en panne historique de légitimité (ses appuis s’élèvent à 34% tout au plus), Mamdani s’inscrit dans un mouvement où les déçus de Trump cherchent une véritable issue à la crise. Ainsi, son programme centré sur les questions socio-économiques (transports publics accessibles, épiceries subventionnées, logements sociaux abordables en doublant le budget des HLM, etc.) fait mouche y compris auprès d’électeurs normalement républicains. Par exemple, il remporte 55% des votes dans les quartiers à forte proportion de logements sociaux.

Preuve qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, des maires aux programmes similaires ont remporté 60% des municipalités en Géorgie et en Pennsylvanie.

Gare au revers

De ce programme, rien n’est révolutionnaire, ni même inédit. La ville de New York elle-même, sous l’administration Wagner, crée d’importants programmes de logements sociaux publics, des écoles voire un réseau d’universités publiques. Il reste que cette campagne ancrée dans les besoins socio-économiques de la population souligne le rôle que peuvent jouer les municipalités dans l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière et des travailleurs. Elle tranche clairement avec la récente campagne électorale municipale de Montréal où le torchon brulant entre Projet Montréal et Ensemble Montréal ne se résumait qu’à un désaccord factice au sujet de pistes cyclables, le tout alors que les banques alimentaires doivent répondre à plus d’un million de demandes par mois et que les loyers ont crû de 71% depuis 2019…

Évidemment, les atours du programme municipal des démocrates « de gauche » sur papier inspirent. Néanmoins, et c’est là que le bât blesse, le revers risque d’être amer. Certes, le premier entretien entre Mamdani et Trump s’est déroulé dans la bonne entente. De deux choses l’une : soit il y a de l’eau dans le gaz, soit, comme à son habitude, le locataire de la Maison blanche brille par sa volatilité et, de manière intempestive mais calculée, enverra la Garde nationale à Manhattan. Dans les deux cas, le problème des limitations du municipalisme demeurent.

L’histoire nous rappelle à maintes reprises à quel point les programmes politiques municipaux, même lorsqu’ils sont menés par des administrations compétentes, démocratiques et sincères, même par des communistes, finissent par être bloqués dans leur réalisation par les échelons de pouvoir supérieurs. C’est ainsi qu’en France, malgré un Parti communiste fortement implanté jusqu’à l’Assemblée nationale et au Sénat, les forces réactionnaires orchestrent continuellement des magouilles pour mettre en difficulté les municipalités communistes, notamment en leur envoyant leur lot de mal logés ou de privés d’emplois afin de faire pression sur les administrations municipales progressistes. Même à New York, au cours des années 1960, l’attrait des programmes sociaux municipaux incitent les pauvres du pays à s’y installer. Or, sans emploi à la clé ni véritable pouvoir de taxation capable d’investir directement dans des perspectives de développement économique, les programmes sociaux deviennent rapidement insoutenables.

S’imaginer que les maires et conseillers progressistes élus cet automne aux États-Unis, à commencer par le Maire de New-York pourront appliquer leur programme relève du mépris envers la réalité du capitalisme monopoliste d’État aussi niais qu’estimer qu’il est possible de bâtir des oasis de socialisme et que le patronat ira planter ses choux. Le socialisme municipal n’est qu’illusion et, à plus forte raison, le communisme municipal si cher aux anarchistes et autres gauchistes de tout acabit qui méprennent leurs vessies pour des lanternes.

Ce n’est qu’en bâtissant un rapport de forces à l’échelle étatique capable de faire fléchir le pouvoir des monopoles que les programmes municipaux progressistes peuvent être garantis. En attendant, Trump et ses spadassins peuvent toujours injecter un ver dans la Grande Pomme…