Legault : Cador de l’antisyndicalisme

Legault : Cador de l’antisyndicalisme


Adrien Welsh
Clarté – Septembre 2025


Le remaniement ministériel vendu comme preuve de sa volonté de changement par François Legault n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. Simple distraction, il s’agit d’un échange de masques avec, en définitive, la même pièce, le même scénario et le même coryphée : le Premier Ministre. En coulisses, le véritable producteur de ce théâtre politique, le patronat, jubile.

Il salive aux récentes annonces énonçant la priorité de cette dernière année avant les élections de 2026 : darder les syndicats en trempant la flèche dans le curare du nationalisme de soutane. La Loi 89, inspirée de l’article 107 du Code du Travail fédéral visant à faciliter un retour au travail forcé par décret, ne suffit pas. Il faut asséner un nouveau coup de trique. Rien n’est écarté pour rompre le mouvement syndical. Sous prétexte de transparence, les syndicats devraient publier leurs états financiers. Pour éviter que « l’argent des membres » ne soit alloué à des fins autres que celles précisées dans le « mandat » syndical. On pense même à remettre en question la « formule Rand » qui institue le principe de l’atelier fermé et celui d’adhésion collective et non individuelle aux syndicats, une conquête ouvrière instituée au Québec à la suite de la Grève de l’amiante de 1949.

Le Premier Ministre essaie de réduire les syndicats à de simples fournisseurs de services et agents de griefs. Il cherche à inscrire dans la loi le concept de dialogue social, un tropisme visant le verticalisme corporatiste des syndicats sous Franco, Salazar ou Mussolini. Ce faisant, il cherche à anesthésier le potentiel de progrès social que porte la classe ouvrière organisée. La grève, mais aussi la santé et sécurité au travail, l’action politique du « deuxième front », l’implication du mouvement syndical dans différentes causes sociales voire en matière de solidarité internationale dépassent le « mandat » étriqué que cherche à imposer François Legault. Pourtant, ils représentent l’épitome de l’action politique indépendante de masse nécessaire à respecter le mandat syndical tel que prescrit par les travailleurs et la classe ouvrière.

Bien sûr, Legault cite en exemple certains manquements, voire certaines trahisons de chantres représentants de l’aristocratie ouvrière. On se rappelle les milliers de dollars dilapidés par les petits chefs de la FTQ Construction pour des libations gargantuesques, les révélations de la Commission Charbonneau, etc. Mais qu’en est-il du scandale SAAQclic d’une valeur d’un milliard de dollars? Et de la dilapidation de deniers publics pour Northvolt? On prétend que les grèves devraient être votées à la majorité des inscrits et non des votants; or, doit-on rappeler que le triomphe électoral de la CAQ de 2022 est tout relatif puisqu’il ne représente qu’environ 27% des inscrits… Pourquoi alors ne pas s’attaquer à une réforme de scrutin, promise pourtant par la CAQ jusqu’en 2018?

Trève de relativisme, s’il y a des problèmes manifestes au sein du mouvement syndical, imposer leur tutelle par le patronat, car c’est ce dont il s’agit même si la sale besogne est effectuée par le truchement de l’État, donc des monopoles coalisés, revient à instituer les syndicats en courroie de transmission patronale. L’Histoire nous rappelle pourtant que ce sont ces genres de syndicats qui donnent à la caisse du patron ou à celle du Parti au pouvoir. Un mouvement syndical corporatiste et privé de ses libertés démocratiques ne solutionne pas le problème, il l’exacerbe.

Lorsqu’il y a manquement, les travailleurs savent réagir pour rétablir la démocratie au sein de leurs institutions de lutte. Ils savent reprendre contrôle de leur citadelle de lutte contre le patronat coalisé et questionner les responsables des pratiques douteuses sans ingérence extérieure. À travers sa lutte séculaire, la classe ouvrière connait la valeur de la démocratie et sait la faire respecter. 

Cador de l’antisyndicalisme, Legault se compare favorablement à Duplessis. S’il pense remonter la pente en blâmant les syndicats qui seraient responsables des budgets déficitaires et de la stagnation économique, il fait fausse route. L’antisyndicalisme ne prend plus autant qu’il y a 10 ans. À l’heure où les questions socio-économiques trônent en tête des préoccupations des masses populaires, on constate plutôt un appui global manifesté à l’égard des agents de bord en lutte à la fois pour des salaires décents, la rémunération  de toutes leurs heures ouvrées tout comme pour l’équité salariale. Clairement, les déficits budgétaires et les déboires économiques sont causés par le patronat, par les monopoles; bref, par l’accumulation du profit capitaliste.

Le nationalisme étroit quant à lui est on ne peut plus pathétique, d’autant plus que le Parti québécois double la CAQ sur ce terrain. D’un côté comme de l’autre, on assiste à une surenchère qualitative. Immigration, prières de rues, signes religieux dans nos écoles seraient les fléaux du jour, comme si des humains devenus nombres représentaient la principale menace à la nation québécoise plutôt que les monopoles cosmopolites…

Pendant ce temps, les écoles brillent par leur sous-financement. Le réseau public de santé accuse un retard depuis qu’il est mis en compétition avec le privé. Les infrastructures sont en rade faute d’investissements adéquats.  

Acculé au pied du mur, Legault ne cherche plus à pousser le petit au bout. Il sait que son opération commando arrive à la fin. Constituée dans les années 2010 en tant que coalition patronale pour démanteler le prétendu modèle québécois, la CAQ a rempli son contrat. Il ne lui reste qu’à asséner le coup de grâce : briser le mouvement syndical afin d’amender le terrain pour son successeur. Qu’il s’agisse du PQ de PSPP ou d’un autre, la voie sera pavée pour répondre aux exigences d’un patronat opérant dans un contexte de crise globale du capitalisme et de déroute de l’impérialisme occidental, donc d’économie de guerre à la fois civile et mondiale…