La Ligue des femmes du Québec: un exemple d’audace (partie 2)

La Ligue des femmes du Québec: un exemple d’audace (partie 2)


Michelle Paquette
Clarté – Juin 2026


Note de la rédaction : cet article complète une première partie publiée dans notre dernière édition. Après avoir raconté la pose d’assises de la Ligue des femmes du Québec au cours des années 1950 – 1960, l’autrice développe son renforcement et sa consolidation en tant que véritable organisation de masse des femmes québécoises au cours des années 1970 et, en guise de bilan, souligne quelques leçons pour le mouvement féminin actuel. 

La décennie 1970 commence en force avec l’organisation du premier congrès de la Ligue en 1973, réunissant plus de 200 déléguées. Les résolutions adoptées témoignent d’une vision politique ambitieuse dont des garderies gratuites ouvertes 24 heures sur 24 et l’appui à la création d’un parti de masse des travailleurs. L’unité de la LFQ et du mouvement syndical s’exprime avec l’invité d’honneur du congrès: Raymonde Charbonneau, travailleuse, militante syndicale et épouse du chef de la CEQ qui est alors en prison. La Ligue marche d’ailleurs aux côtés de 3000 travailleurs du secteur public lors de la manifestation d’Orsainville, en appui aux dirigeants syndicaux emprisonnés dans le cadre du Front commun de 1972.

Cette période est également marquée par une visibilité accrue de la Ligue dans l’espace public québécois. Blanche Gélinas intervient notamment à l’émission de télévision Femme d’aujourd’hui de Radio-Canada pour présenter le mémoire de l’orgnisation sur la nécessité de créer un réseau de garderies financé par l’État. Cette revendication, portée conjointement par les syndicats et les groupes de femmes, s’impose comme un enjeu incontournable.

Laurette Chrétien-Sloan et l’internationalisme de la Ligue

En 1975, Laurette Chrétien-Sloan remplace Blanche Gélinas à la présidence. Son arrivée signale un approfondissement de la dimension internationaliste des actions de la LFQ.

Cette même année, elle participe à la délégation québécoise pour l’Année internationale de la femme à Berlin-Est. Organisé par des gouvernements communistes et des organisations progressistes, ce congrès se concentrait sur l’égalité, le développement et la paix à travers une perspective socialiste et internationaliste de la condition féminine. On mettait en lumière des expériences concrètes de socialisation du travail domestique, notamment en République démocratique allemande, où les services de garde et autres équipements collectifs permettaient aux femmes de participer pleinement à la vie publique. De retour au Québec, les membres de la délégation – composée de syndicats, de la Ligue, de la FFQ, du Conseil québécois pour la paix et du Parti communiste du Québec – présentait leur bilan à l’émission Femme d’aujourd’hui. On y abordait les liens fermes entre désarmement, paix, conditions de vie et droits des femmes.

Solidarité internationale et lutte contre l’Apartheid

En 1980, la LFQ organise une importante conférence hémisphérique intitulée: Les femmes sous l’apartheid. En collaboration avec le Comité spécial des Nations Unies contre l’apartheid, la conférence réunit plus de 200 participantes. Des figures marquantes du mouvement de libération en Afrique du sud dont Elizabeth Sibeo et Florence Mphosho prennent la parole. L’événement témoigne de la compréhension de la Ligue des liens entre l’impérialisme, le racisme et l’oppression des femmes.

Des gains obtenus par la lutte

Le travail de la Ligue ne se limite pas à l’agitation politique autour de revendications importantes. Il se traduit par des gains qui se concrétiseront au fil de décennies de luttes unissant le mouvement des femmes et syndical: droit à l’avortement, équité salariale, congé de parental et réseau public de garderies. 

Elle contribue également à une enquête majeure sur le travail des femmes dans l’industrie textile ainsi que plusieurs mémoires dont pour le document Pour les Québécoises: égalité et indépendance publié en 1978 par Conseil du Statut de la femme. Les trois mémoires soumis par la Ligue confirment son rôle dans l’élaboration des politiques publiques en matière de condition féminine. 

Des leçons pour aujourd’hui

Depuis plus de 30 ans, ces gains sont attaqués par le patronat et ses alliés gouvernementaux. L’affaiblissement orchestré du mouvement des femmes et des syndicats par la marginalisation violente des communistes, la contre-révolution en URSS, la popularisation de la logique de conciliation ou dialogue social et d’un féminisme détaché de toute perspective de classe, ont tous ensemble dangereusement réduit la force de frappe de la classe ouvrière et des femmes. 

L’histoire de la Ligue des femmes du Québec rappelle une vérité importante: les grandes victoires sociales ne sont possibles que lorsque les luttes de femmes et syndicales sont unies sur une base de classe, appuyées par une organisation politique capable de guider ces combats.

Il faut se réapproprier l’héritage de la Ligue, non pas par nostalgie, mais comme acte politique, nécessaire pour reconstruire un mouvement des femmes combatif, solidaire et capable de faire face aux attaques actuelles. L’audace de la Ligue est une source d’inspiration pour tous ceux et celles qui refusent de voir nos gains disparaître et surtout d’étendre nos droits.