« Cuba en péril » : une série Journal de Montréal fondée sur la falsification des faits

« Cuba en péril » : une série Journal de Montréal fondée sur la falsification des faits


Lettre ouverte

Christine Dandenault, Manuel Johnson, Colette Lavergne, Sean O’Donoghue
Les auteurs sont membres du secrétariat de la Table de concertation de Solidarité Québec-Cuba


Le Journal de Montréal publie une série d’articles sous la rubrique « Cuba en péril. » Cette série d’articles constitue une falsification des faits sur la réalité du peuple cubain. Quel est le but ? Aider Cuba ? Comprendre et apprendre de Cuba, ses réalités, son histoire, sa pensée, sa culture, comme on apprend en visitant n’importe quel pays ? Non.

Déjà le titre montre l’intention. Elle reprend le discours pernicieux du gouvernement étatsunien et de la Maison-Blanche qui se donne le droit et le pouvoir de s’ingérer dans les affaires d’un peuple et de son gouvernement, ce qui est condamné à travers le monde entre autres par l’assemblée générale des Nations unies à majorité depuis 33 ans qui exige la fin du blocus. Il reprend la rhétorique du gouvernement de Trump pour justifier les visées guerrières de ce gouvernement contre Cuba. Il oblitère la réalité de plus de 60 ans du blocus inhumain imposé au peuple cubain contre son droit inaliénable à sa souveraineté, et à son droit de décider de ses propres affaires, sans ingérence étrangère, menaces, manigances et son droit d’être en tant que peuple souverain. 

Il est facile de trouver des individus qui aiment visiter Cuba ou d’autres qui préfèrent aller ailleurs pour toutes sortes de raisons. Mais l’approche de la série « Cuba en péril » est futile et dépourvue de sérieux si on oblitère de parler de la réalité du blocus et des conditions dans lesquelles Cuba vit et se bat. En ce sens, cette série d’articles est empreint de malhonnêteté journalistique. 

Il est malheureux que cette série d’articles passe sous silence plusieurs faits, qui aideront le public à comprendre mieux le contexte géopolitique dans lequel se trouve l’Île socialiste.

Ce n’est pas un secret de polichinelle que des pénuries frappent l’Île. Et nous sommes étonnés qu’aucune mention n’est faite, dans la série d’articles, de la source de ces pénuries : le blocus illégal imposé par les États-Unis depuis plus de 65 ans. « Les dommages causés par ce blocus sont estimés à environ 7.5 milliards US $ par année. Aucun secteur de la vie nationale n’échappe à ses conséquences » souligne le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez. Selon un rapport déposé par Cuba devant les Nations Unies « Le blocus à Cuba constitue le système de mesures coercitives unilatérales le plus englobant, le plus complexe et le plus prolongé jamais imposé à aucun pays dans l’histoire de l’humanité. »

Dans ce contexte, pourquoi le Cuba dédie des ressources précieuses pour assurer le confort des touristes étrangers? Ne serait-il plus judicieux de consacrer ces ressources directement à la population qui souffrent des effets du blocus?

C’est que l’industrie touristique permet à Cuba de générer de revenus. Les dollars dépensés à Cuba ont un effet multiplicateur bien supérieur pour la population à ce qu’on peut observer pour d’autres destinations. Les devises générées par le tourisme permettent à Cuba d’acheter des médicaments pour son système de santé publique et universel, assurer que tous les enfants aient accès gratuit à l’école (du primaire jusqu’au post-secondaire, entretenir son système d’approvisionnement d’énergie, etc. Cela est bénéfique.

La série d’articles cite des « dissidents », mais aucune entrevue avec un des millions de Cubains qui défendent la révolution. Pas plus tard que le 16 janvier, ils étaient des centaines de milliers à remplir le Malecon de la Havane, pour dénoncer les menaces de Trump et réaffirmer leur droit à l’autodétermination. Un travail journalistique équilibré aurait donné une voix à ces Cubains plutôt que de les passer sous silence.

N’oublions pas qu’avant la révolution menée par Fidel Castro en 1959, à l’extérieur de la Havane, 47% des Cubains étaient analphabètes, 91% souffrait de la malnutrition, et seulement 7% des maisons avaient de l’électricité. C’est à cette « époque glorieuse » que les « États-Unis » voudraient ramener ce pays qui était auparavant sous son joug.

Il n’est pas un secret de polichinelle non plus que le gouvernement de Trump a fomenté et fomente des changements de régime dans n’importe quel pays qui ne se soumet pas à son diktat. En omettant de soulever la volonté des États-Unis d’asphyxier économiquement ce pays qui ose tracer son propre chemin et en décourageant sciemment les touristes de visiter l’Île, le Journal de Montréal contribue à ce projet rétrograde.