Comment naît le fascisme

Comment naît le fascisme


Stéphane Doucet
redaction@journalclarte.ca
Clarté – Janvier 2026


Comment naît le fascisme

Antonio Gramsci

Les Cahiers Rouges, Grasset, 2026

La montée de l’extrême-droite soulève beaucoup de questions quant à son projet, son lien avec le fascisme, comment le combattre, comment l’identifier, et ainsi de suite. Récemment, j’ai écrit une chronique du livre Fascisme tranquille: Affronter la nouvelle vague autoritaire de Jonathan Durand-Folco, et un des constats principaux était que JDF n’avait pas de définition du fascisme, seulement une liste de “comportements” de l’extrême-droite, qu’il qualifie de fasciste. Il y avait un manque de rigueur et un flou théorique. Dans ce petit tome, nous avons droit à un contenu tout à fait différent.

Gramsci était un des témoins privilégiés de la montée du fascisme en Italie – le premier fascisme, faut-il le rappeler – ainsi qu’une de ses victimes les plus notoires. Ayant connu Mussolini à l’époque où tous deux militaient au Parti socialiste italien, puis en l’ayant affronté en tant que chef du Parti communiste une dizaine d’années plus tard, Gramsci a suivi le parcours du fascisme comme peu l’ont fait depuis. Il fût un emprisonné en 1926 par le régime fasciste, sa santé décline gravement en prison, les fascistes refusent de le libérer malgré des campagnes internationales en sa faveur, puis il meurt en 1937, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui plutôt célébré par le milieu intellectuel petit-bourgeois pour ses écrits de prison, des volumes intéressants mais tronqués par la nécessité de déjouer les censeurs, les articles présentés dans ce bouquin sont journalistiques, clairs, percutants et éminemment politiques. Sa plume est virulente, polémique et agréable à lire. Elle n’a rien d’abstrait et décrit la décomposition de l’ordre démocratique bourgeois italien alors que le fascisme devient l’arme de prédilection des sections les plus violentes et réactionnaires de la classe dirigeante. Le non-respect de la loi, la force brute et sadique, l’assassinat des leaders ouvriers, la complicité des forces de l’ordre, tout est mis en place pour faciliter l’ascension des “chemises noires” fascistes. C’est le terrorisme de la réaction.

Un petit livre donc – 10 courts articles originalement publiés dans la presse du Parti communiste de l’époque, qui décrivent au vif et avec l’œil d’un combattant engagé, la montée du fascisme en Italie entre 1920 et 1924. Qu’en 2026, une énorme maison d’édition française, qu’on ne peut certainement pas taxer de pro-communiste, publie un livre de poche d’écrits politiques et polémiques de Gramsci, c’est notable. C’est aussi un signe de la gravité de notre époque et du combat à mener.