Une économie envers et contre les monopoles

Une économie envers et contre les monopoles


Clarté
Octobre 2026


Nous vivons à l’époque de l’offensive néolibérale du capital. Celle du libre-échange, de la sous-traitance, de la course pour les plus bas salaires et de la désindustrialisation. Ce modèle est assumé : le capital doit se redéployer librement vers les secteurs et des territoires offrant de meilleurs taux de profit, sans égard aux conséquences.

Au Québec, comme ailleurs, cette orientation a accéléré la recomposition du capital de la production industrielle vers la rente immobilière et financière. En moins de 20 ans, la part du PIB québécois représenté par ces secteurs a supplanté la part de la production industrielle. Le poids combiné de la finance, des assurances, des services immobiliers et de location, mesuré par rapport au PIB industriel, est passé d’environ 67 % à 113 %.

Les conséquences de cette transformation sont catastrophiques pour le coût de la vie. Une inflation insidieuse est de retour. L’emploi se précarise. De plus en plus de québécois et québécoises en arrachent : les besoins de bases, comme la nourriture, le logement, le chauffage, le carburant, grugent une part toujours plus importante des revenus. Le salaire réel baisse. La dépendance à la production étrangère s’intensifie.

Devant cette crise qui s’aggrave, l’État québécois ne s’attaque ni à la rente, ni aux monopoles, ni à la propriété privée des moyens de production. Il surenchérit. Il s’attaque au travail.

Les gouvernements, particulièrement celui de François Legault, ont multiplié les aides, prêts, garanties, tarifs préférentiels et subventions publiques aux grands monopoles privés.  Après l’échec de Northvolt et l’essoufflement de la promesse de la filière batterie, le capital, soutenu par l’état monopoliste, cherche maintenant une nouvelle issue dans l’économie de guerre. Les mêmes mécanismes demeurent : socialisation des coûts, privatisation des profits, subordination de l’État aux besoins des monopoles et mise de la production au service des chaînes d’approvisionnement de l’impérialisme états-unien. 

Pour le Parti communiste du Québec, s’extirper de la catastrophe économique qui s’annonce ne consiste pas à actionner des leviers budgétaires ni à administrer le capitalisme à la manière de la social-démocratie. Il s’agit de poser la question du pouvoir : qui décide de l’économie, qui contrôle les ressources, qui en bénéficie ? Notre réponse est claire : les travailleuses et travailleurs du Québec doivent reprendre le contrôle de l’économie réelle. Faire du socialisme notre avenir.

 Pour la lutte à venir nous proposons :

 Que les travailleuses et travailleurs du Québec reprennent le contrôle sur l’ensemble des secteurs-clé de l’économie. Par un vaste chantier de nationalisations, reprendre possession de nos ressources naturelles, de notre industrie lourde, de nos secteurs manufacturiers, de notre secteur bancaire et de l’ensemble de nos infrastructures. Faire que le salaire réel augmente et que toutes et tous en bénéficient en récupérant la richesse aujourd’hui capturée par les profits, les dividendes, les loyers, les intérêts bancaires et les produits de la spéculation financière. Il faut réinvestir cette richesse dans les salaires, le logement, les services et les infrastructures publiques et la réindustrialisation de notre économie.

Tant et aussi longtemps que les monopoles privés contrôleront notre économie, tant et aussi longtemps que les patrons, actionnaires et autres parasites seront aux commandes, ils ne chercheront qu’à multiplier leurs profits. En les extrayant de cette logique prédatrice, nous nous donnons les moyens de répondre aux besoins de la classe ouvrière et des masses populaires. Nous nous donnons les moyens de bâtir une économie réellement souveraine et indépendante des États-Unis. Les banques, par exemple, plutôt que de jouer leur rôle spéculatif, pourraient jouer un rôle social où elles facilitent l’accès au crédit aux petites entreprises et aux particuliers plutôt que de les saigner avec des taux d’hypothèque effarants ou des intérêts de crédit qui le sont tout autant.

 Que le Québec produise ici ce dont il a besoin. Réduire notre dépendance aux importations pour les biens essentiels : nourriture, logement, énergie, transport, médicaments, matériaux de construction, pièces industrielles et équipements publics. L’État doit utiliser son pouvoir d’investissement pour reconstruire une base industrielle, créer de bons emplois syndiqués et mettre la production au service des besoins du peuple plutôt que l’industrie militaire et les chaînes d’approvisionnement étrangères.

 Dans l’immédiat, que l’assiette fiscale soit refondue et fasse porter le fardeau de la solidarité sociale aux entreprises privés. Doubler le taux d’imposition des entreprises, doubler la taxation des dividendes et taxer intégralement les gains en capitaux. Allonger la période d’amortissement fiscal pour l’équipement acheté à l’étranger lorsque la capacité productive locale peut être développée.

 Que chaque travailleuse ou travailleur soit présumé salarié, et bénéficie automatiquement de l’ensemble des protections attachées à ce statut : normes du travail, santé et sécurité, assurance-emploi, régime des rentes, recours contre les congédiements injustifiés, droit d’être représenté syndicalement et de négocier collectivement ses conditions de travail. Cette mesure vise à briser les mécanismes par lesquels le capital désorganise le travail : faux travail autonome, sous-traitance à rabais, contrats précaires, agences de placement et plateformes numériques. Empêcher les entreprises de se sauver de leurs obligations patronales, de diviser les travailleuses et travailleurs et de transférer sur elles et eux les risques.

 Que l’emploi soit garanti et protégé. Interdire les licenciements boursiers. Aucune entreprise ne devrait pouvoir sacrifier des travailleuses et des travailleurs pour augmenter ses marges ou satisfaire ses actionnaires. En cas de faillite, les travailleuses et travailleurs doivent passer avant les banques, les créanciers privés, les actionnaires et les patrons.