Étendons nos droits démocratiques!


Clarté
Octobre 2026


Le Québec ne fait pas exception à la montée de l’extrême droite qui gonfle les voiles à travers le monde, comme en témoignent les succès de Giorgia Meloni en Italie, du Rassemblement national en France, de Donald Trump aux États-Unis, de Javier Milei en Argentine ou encore de Narendra Modi en Inde. Ce phénomène est le résultat de décennies d’attaques patronales contre la classe ouvrière et les masses populaires, menées par les différents gouvernements qui se sont succédé tant au provincial qu’au fédéral. La social-démocratie n’a plus rien à vendre et ne répond plus aux préoccupations des classes laborieuses ; elle se contente désormais d’accompagner le pouvoir des monopoles.

 Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater l’aversion croissante des travailleurs envers une « gauche » qui les a abandonnés au profit des couches moyennes urbaines. Poussée par la classe dirigeante et ses propagandistes, une partie des classes populaires finit par succomber au chant des sirènes populistes. L’extrême droite s’organise : le Convoi de la Liberté de 2022 en est un exemple frappant. Mais les groupes d’extrême droite ne sont pas seuls responsables de cette fascisation de la société. Les partis dits traditionnels reprennent eux aussi des thèmes chers au populisme de droite, comme le montrent les positions de PSPP sur les prières de rue ou celles de la CAQ sur la laïcité.

Nous devons donc démasquer les intérêts réels qui se cachent derrière ces populistes prétendument antisystème. Éric Duhaime, par exemple, est un ancien agent du National Endowment for Democracy en Irak, Mauritanie et Maroc, autrement dit payé par l’OTAN et l’impérialisme américain. Le Convoi de la Liberté, quant à lui, a été financé par des capitaux états-uniens. Ces figures se disent du côté des travailleurs, mais où sont-elles lorsque les travailleurs font la grève ? Tout porte à croire qu’elles se trouvent alors du côté du patronat. Elles se prétendent antisystème, mais elles en sont en réalité les plus farouches défenseurs. Notre tâche est donc de lutter contre les monopoles afin de saper leur légitimité et d’exposer leur vraie nature.

La crise des municipalités 

La crise du capitalisme entraîne une crise de la démocratie bourgeoise, qui se fait d’abord sentir à l’échelon le plus proche de la population : l’administration municipale. Les dernières élections municipales ont vu un déchaînement de commentaires haineux en apparence désorganisés contre les élus locaux. En réalité, ces attaques sont organisées par l’extrême droite, qui structure son action à différents niveaux. Il n’est pas étonnant que les élus de proximité soient perçus comme responsables de la crise actuelle, alors même que les municipalités ne disposent d’aucun pouvoir réel. Il faudrait au contraire leur en donner, notamment en matière de fiscalité, afin qu’elles puissent s’extraire du rôle qui leur est assigné : celui de courroie de transmission du capitalisme monopoliste d’État et des chambres de commerce. 

Les municipalités ont aussi leur part de responsabilité : elles doivent refuser de limiter leur action aux pistes cyclables et aux questions d’aménagement. Elles doivent faire front et lutter pour obtenir les moyens nécessaires afin de servir les intérêts de la population et de lutter contre les monopoles. Les chiffres sont clairs : 60% des infrastructures sont situées dans des municipalités. Pourtant, celles-ci ne reçoivent que 8% du financement pour les entretenir. C’est là une façon de privatiser en catimini : on sous-traite au palier inférieur sans bonifier son enveloppe. Il ne fait aucun doute que, prises à la gorge, elles soient contraintes d’augmenter les taxes foncières, de s’engager dans des projets spéculatifs ou dans une forme d’étalement urbain.

C’est pourquoi nous appelons à ce que les municipalités gagnent en pouvoir et puissent recevoir les moyens de leurs besoins. Nous luttons ainsi pour que 100% du terrain à propriété municipale soit consacré aux logements sociaux ou aux biens d’équipement publics (bibliothèques, parcs, centres culturels, etc.) exclusivement. Interdisons l’utilisation de notre espace public à des fins spéculatives!

« Tous pourris ! »

Le système de vote actuel au Québec, uninominal à un tour, est le moins démocratique qui soit. Avec seulement 27 % des suffrages, la CAQ dispose d’une position hégémonique à l’Assemblée nationale. La distorsion entre la volonté populaire et la représentation institutionnelle est énorme, ce qui nourrit une aversion envers une classe politique perçue comme déconnectée. Beaucoup de citoyens se sentent blasés face à cette situation, et le vote utile ne fait que renforcer ce système. Les quelques partis hégémoniques n’ont guère à se soucier des petites formations, tant le « prix d’entrée » pour obtenir un siège est élevé. La politique est ainsi verrouillée par les monopoles.

Pourtant, de nombreux sondages et commissions l’ont confirmé : la représentation proportionnelle mixte est la méthode de choix social préférée au Québec et au Canada. La CAQ elle-même la préconisait lorsqu’elle était dans l’opposition, mais une fois élue, elle a soudainement réalisé que le système actuel lui permet de contrôler l’Assemblée nationale sans avoir obtenu la majorité absolue des suffrages. La proportionnelle mixte permettrait de voter à la fois pour un député local – ce qui est important compte tenu des particularités géographiques et démographiques du Québec – et pour une liste de députés soutenue par un parti. Elle donnerait ainsi la chance aux plus petits partis d’être représentés à l’Assemblée nationale, et non plus seulement à ceux adoubés par le capitalisme monopoliste d’État. Voilà le moyen d’en finir avec le « tous pourris » qui mène à diverses théories complotistes souvent liées à l’extrême-droite.

L’équité salariale et la fin des discriminations : un intérêt commun pour toute la classe ouvrière

Les immigrants ne sont pas responsables de la crise du logement ni du délabrement de nos services publics. Ces maux résultent de décennies de sous-financement. Les immigrants sont réduits au statut de marchandises dont le capital dispose selon les cycles économiques : en période d’expansion, comme après la COVID, on ouvre les vannes ; en période de contraction, comme aujourd’hui, on les ferme. L’objectif est toujours le même : les instrumentaliser pour faire pression à la baisse sur les salaires et maintenir une armée industrielle de réserve, avec un taux de chômage autour de 3 à 4 %.

De même, les femmes sont payées en moyenne 80 % du salaire d’un homme, subissent le harcèlement au travail et voient leur accès à l’emploi compromis par le double fardeau domestique, en raison du manque de garderies et de services publics. Ni les immigrants ni les femmes ne « volent » des emplois à quiconque. C’est le patronat qui utilise les différences de genre, de race ou d’origine pour faire pression à la baisse sur les salaires de tous les travailleurs et instiller une guerre civile au sein des amasses laborieuses. Lutter pour les droits démocratiques, contre les discriminations et pour l’équité salariale, c’est donc lutter pour que plus jamais les patrons ne puissent diviser la classe ouvrière. C’est aussi forger l’unité nécessaire à de nouvelles conquêtes sociales.

Le discours haineux n’est pas qu’un discours

Les attentats du Bataclan en 2015, de Québec en 2017, de Charlottesville aux États-Unis, de Christchurch en Nouvelle-Zélande, puis celui de Montréal plus tôt cet été l’ont montré : le discours haineux justifie des actes criminels et barbares. Il ne s’agit pas là d’une manifestation de la liberté d’expression, mais d’un acte criminel qui doit être lourdement sanctionné.

Non à la banalisation du fascisme

Il y a longtemps que l’amalgame entre fascisme et communisme, sous l’étiquette fourre-tout de « totalitarisme », fait partie de l’arsenal idéologique de la classe dirigeante. Pourtant, l’un est la négation totale de la démocratie, tandis que l’autre en est l’aboutissement. Aujourd’hui, cet amalgame est devenu suranné : la classe dirigeante glorifie le fascisme pour mieux dénigrer le socialisme et le communisme. C’est ainsi qu’on a applaudi à Ottawa un collabo des Waffen SS, Yaroslav Hunka, comme un « héros » ukrainien. C’est encore dans cette même ville qu’on érige un monument à la gloire des « victimes du communisme », dont la construction n’a cessé d’être retardée en raison du nombre incalculable de noms de fascistes qui y figurent.

 C’est dans ce contexte que Maïté Blanchette-Vézina, transfuge de la CAQ vers le Parti conservateur d’Éric Duhaime – bien qu’elle ait signé sa carte à Québec solidaire alors qu’elle administrait la ville de Sainte-Luce-sur-Mer –, clame que la prochaine révolution tranquille sera conservatrice. Cette banalisation nauséabonde du fascisme et du populisme de droite n’est autre qu’un fer au feu du capital, destiné à jeter la classe ouvrière et les travailleurs dans les bras de la réaction et à les éloigner des luttes populaires pour l’extension de nos conquêtes sociales et démocratiques. Rappelons par ailleurs qu’Éric Duhaime, loin d’être un « homme ordinaire » a été à l’emploi de la CIA en Irak, au Maroc et en Mauritanie… Une véritable barbouze!