Congrès de l’AFPC-Qc: la centralisation étouffe la mobilisation
Congrès de l’AFPC-Qc: la centralisation étouffe la mobilisation
Léo Boivin
Clarté – Juillet 2026

Le congrès triennal de la section québécoise de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC-Qc) s’est réuni à Saint-Hyacinthe du 22 au 24 mai 2026. Le sentiment qui ressort de ce congrès est le besoin urgent pour l’AFPC de reconsidérer sa structure centralisée, qui freine la mobilisation et handicape les organes locaux.
L’AFPC figure parmi les centrales syndicales les plus centralisées. Selon les dispositions de ses statuts et de ses pratiques internes, l’essentiel des décisions politiques et stratégiques syndicales sont prises au niveau « national » (dans le jargon de l’AFPC, ceci correspond au niveau fédéral). Les instances et rassemblements « inférieurs » se voient confier une tâche exclusivement exécutoire et n’ont pratiquement aucune autonomie dans l’établissement de leurs mandats, revendications politiques et stratégie syndicale. Si cela peut avoir, dans certains cas, des retombées positives pour la coordination générale du mouvement, cela a, dans les faits, l’effet d’étouffer le désir de mobilisation des salariés qui seraient autrement prêts à s’impliquer, d’isoler les différentes sections locales (surtout celles dites « à charte directe », SLCD), puis de brider les sections locales dans leurs activités de revendication politique aux niveaux local, régional et provincial.
L’histoire de l’AFPC-Qc enseigne que la tendance à la « régionalisation », soit une mince avancée vers une décentralisation partielle de l’AFPC, est en soi plutôt récente. Ce mouvement est né d’une exaspération devant l’incapacité des structures centrales de répondre aux besoins des sections locales et de son effet négatif sur la mobilisation sur le terrain. Ce qui avait été obtenu à l’époque et qui s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui est essentiellement une autonomie opérationnelle limitée (les entrées d’argent de l’AFPC-Qc sont assujetties en écrasante majorité aux décisions de l’AFPC-National ; les priorités générales et les orientations politiques sont établies par l’AFPC-National).
Cependant, il en émane encore comme sentiment général que cette décentralisation ne soit pas encore suffisamment complète. À cet égard, il est particulièrement pertinent de souligner que la grande majorité des personnes candidates au poste de vice-président exécutif régional (VPER, le plus haut poste de direction de l’AFPC-Qc), y compris le VPER réélu Sébastien Paquette, ont nommé le problème de la « centralisation » comme une embûche empêchant le syndicat de progresser dans les luttes qu’il doit mener contre les attaques multiples de l’employeur pour la majorité des syndiqués (en l’occurrence, le gouvernement du Canada).
Il apparaît certain que l’AFPC doit revoir ses structures internes et leurs relations entre elles si elle veut rester apte à répondre aux attaques d’un gouvernement libéral qui s’annonce de plus en plus ouvertement à la solde des demandes du capital. Si la réunion centralisée de ressources et de décisions au niveau « national » est justifiée pour coordonner des actions d’envergure, il faut savoir faire confiance à la base, qui saura mettre en œuvre selon le contexte local ces directives et également innover tel que requis. Il faut également savoir libérer l’organisation régionale afin de permettre aux sections locales à charte directe (SLCD) ayant un employeur différent de celui du gouvernement du Canada (par exemple, les universités ou les entreprises de juridiction fédérale) de gagner en autonomie. La question en est une de proportion.
Il est crucial de dynamiser les débats locaux au sein des régions, des sections locales et des SLCD, avec des questions politiques et de ne pas toujours les réacheminer aux « paliers supérieurs ». Si l’on prive les instances régionales et locales de la possibilité de discuter et de débattre de l’aspect politique de la lutte syndicale, cette dernière sera condamnée à rester un terreau stérile où les seules questions traitées en sections locales auront trait aux relations de travail, et les seules questions traitées en congrès régionaux seront celles de gouvernance. Sans permettre à ce que soit fait l’essentiel lien entre la politique et les questions syndicales, et ce à tous les échelons, il n’y a que peu d’espoir de mobiliser la base afin d’obtenir un changement fondamental.