Les syndicats « internationaux » et les agressions de Trump contre le Canada

Les syndicats « internationaux » et les agressions de Trump contre le Canada


Chris Townsend, ML Today
Clarté – Mars-Avril 2026


Les syndicalistes envisagent parfois la solidarité transfrontalière entre les syndicats et la pratiquent de temps à autre. Les monopoles opèrent régulièrement dans différents pays et les gouvernements qu’ils contrôlent promeuvent leurs programmes au-delà des frontières. C’est l’un des plus grands objectifs auxquels aspirent les travailleurs : la capacité de s’opposer aux employeurs indépendamment des frontières nationales. Les marxistes comprennent instinctivement cet objectif, se référant à l’exhortation : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! »

Donald Trump
Donald Trump

Trop souvent, le mieux que les syndicats puissent faire est d’offrir un soutien rhétorique à des forces alliées engagées dans une bataille ou une autre contre un ennemi commun à l’étranger. Un aspect essentiel de la solidarité internationale des travailleurs semble toutefois être souvent oublié aux États-Unis : le phénomène des « syndicats internationaux ».

Il s’agit d’une situation presque unique dans laquelle un grand nombre de travailleurs canadiens appartient à des syndicats basés aux États-Unis. Plus de 25 % de tous les membres syndicaux au Canada appartiennent aujourd’hui à l’un de ces syndicats « internationaux » (SI), dont le siège social, la plupart des dirigeants élus et pratiquement tout le contrôle opèrent des États-Unis. Ils représentent en grande majorité des syndicats plus anciens du secteur privé, principalement regroupés dans le bâtiment, l’industrie manufacturière et quelques autres secteurs traditionnels. Avec l’avènement plus récent des syndicats entièrement canadiens et la forte croissance des syndicats du secteur public, la part des SI a diminué, mais reste essentielle dans l’ensemble du mouvement syndical au Canada.

« International » mais pas internationaliste

Il est essentiel de comprendre que le terme « international » ne doit jamais être confondu avec « internationaliste », car dans la pratique, pratiquement aucun de ces syndicats basés aux États-Unis n’a jamais envisagé son rôle dans un contexte politique plus large, et certainement pas dans un contexte de gauche ou socialiste.

Les exceptions notables sont l’expansion au Canada de l’Industrial Workers of the World (IWW) au début des années 1900, ainsi que l’expansion ultérieure du syndicat Congress of Industrial Organizations (CIO) au Canada dans les années 1930 et 1940.

Et si les purges anticommunistes des années 1940 et 1950 se sont déroulées différemment au Canada par rapport aux États-Unis, la plupart des syndicats internationaux ont été des partenaires enthousiastes dans d’innombrables campagnes menées par les employeurs et le gouvernement contre les forces de gauche au sein du mouvement syndical canadien.

La question d’un syndicat états-unien organisant des travailleurs au Canada semble inexistante pour la plupart des acteurs du mouvement syndical du sud de la frontière. Les dirigeants des dizaines de syndicats internationaux préfèrent qu’il en soit ainsi, veillant discrètement à ne jamais encourager ou attiser ce qu’ils considèrent comme les sentiments « nationalistes » de leurs cotisants canadiens. Cependant, la question de l’autonomie canadienne et d’une éventuelle indépendance est toujours d’actualité.

Étant donné que les membres canadiens de tous les syndicats internationaux ne représentent qu’une minorité de l’ensemble des membres de chaque syndicat, il s’est développé une compréhension intrinsèque selon laquelle à eux seuls, il est impossible d’influer sur les décisions globales du syndicat. Les sections canadiennes des syndicats internationaux sont donc condamnées à un statut perpétuel de second rang à bien des égards.

Dans son autobiographie, Hard Bargains, My Life on the Line, Bob White décrit en détail la situation intolérable qui s’est développée lorsque la section canadienne des Travailleurs unis de l’automobile (TUA) a surpris à plusieurs reprises les dirigeants états-uniens du syndicat en train de saper et de trahir ses membres canadiens au profit des employeurs et des membres états-uniens dans l’industrie automobile continentale. White a organisé la scission des TCA en 1985.

Certains syndicats internationaux ont fonctionné avec respect et sensibilité envers leurs membres canadiens, souvent de manière inégale. Peu ont fait des efforts importants pour les intégrer de manière plus ou moins égale dans la vie globale du syndicat.

Or, la tendance générale est à l’imposition de décisions impopulaires à des membres mécontents au Canada par une direction états-unienne principalement intéressée par la collecte des cotisations et la volonté de contrôle à tout prix. Dans les cas extrêmes, certains syndicats canadiens sont contraints de faire scission simplement pour exercer ses fonctions ordinaires.

« Assez bien » : une norme dangereuse

Le deuxième mandat de Trump marque désormais le début d’une nouvelle phase, de plus en plus dangereuse, de l’impérialisme américain malveillant. Son revirement soudain à l’égard du Canada – et d’autres régimes auparavant coopératifs et subordonnés – propulse le phénomène des syndicats internationaux dans cette nouvelle phase.

Les membres canadiens des syndicats basés aux États-Unis sont confrontés à une nouvelle question cruciale : les dirigeants états-uniens de leurs syndicats s’opposent-ils à la nouvelle offensive de Trump contre le Canada ? Contre eux ? Et d’ailleurs, que font les dirigeants canadiens de ces mêmes syndicats internationaux ?

Le régime Trump déclare ouvertement son intention d’imposer son hégémonie continentale. L’agressivité impérialiste ravivée et ces projets de grenouillage représentent un défi accru et urgent pour les membres canadiens des syndicats internationaux, y compris ceux considérés comme « assez bien ». Ce qui pouvait être considéré comme une situation satisfaisante hier est aujourd’hui inapte à affronter – voire à comprendre – les assauts de Trump.

Trump clame ouvertement de son désir d’intégrer le Canada aux États-Unis à des conditions qui leur profiteraient exclusivement. Sans contredit, les alliés canadiens de Trump – politiques, entreprises, médias et militaires – sont bien avancés dans leurs préparatifs méprisables pour lui livrer le Canada.

Trump a déjà placé l’énorme appareil militaire, les services de renseignement, les entreprises et les médias américains au service des grandes entreprises, comme le prouve le cas de l’appropriation du pétrole vénézuélien. Les travailleurs des deux côtés de la frontière canado-américaine ne doivent pas sous-estimer ce moment crucial.