« La révolution trouve aujourd’hui dans les femmes cubaines une force politique impressionnante »
« La révolution trouve aujourd’hui dans les femmes cubaines une force politique impressionnante »
Gia Zozula
Clarté – Mars 2025

Note de la rédaction : Cet article est présenté en deux parties. La première partie est reproduite ci-dessous et la deuxième partie sera disponible dans le prochain numéro.
Cela fait plus de cinquante ans que Fidel Castro a prononcé son discours de clôture lors du deuxième congrès de la Fédération des femmes cubaines (FMC) en 1974. Ce congrès a réuni de nombreuses délégations de femmes révolutionnaires du monde entier et a consolidé la position de Cuba en tant que centre névralgique du mouvement international des femmes travailleuses. Le titre du discours de Castro, éponyme de cet article, reste aussi vrai aujourd’hui qu’au moment où il a été prononcé pour la première fois. À l’époque, la Révolution avait connu 15 années de conquêtes durement acquises grâce aux efforts inlassables du peuple cubain et à la direction du Parti communiste cubain. Pour l’ensemble de la classe ouvrière cubaine, cette période de construction socialiste a été profondément transformatrice. Pour les femmes cubaines en particulier, cette période a marqué le début de ce que Castro a décrit comme une « révolution dans la révolution ».
Avant le renversement du capitalisme et de la dictature de Batista soutenue par les États-Unis, les femmes cubaines souffraient, tout comme les hommes, de l’analphabétisme généralisé, des conditions de logement déplorables dans des taudis et des bidonvilles surpeuplés, de la faim constante et étaient en proie à diverses maladies. 62,5 % de la population vivait en milieu rural, seuls 11 % pouvant s’offrir du lait et 2 % des œufs. À ces souffrances générales s’ajoutaient les fardeaux propres aux femmes. Seules 13 % des femmes pouvaient trouver un emploi en dehors de leur foyer. 70 % d’entre elles étaient des domestiques, dont la grande majorité descendait d’esclaves africains. Au moins 100 000 femmes ont été poussées à se prostituer, Cuba étant alors surnommée « le bordel de l’hémisphère occidental ». Les proxénètes capitalistes et les gangsters américains comptaient sur le recours de la dictature de Batista aux exécutions publiques, à la torture, à l’exposition grotesque de cadavres et à d’autres moyens de violence et de répression pour extorquer des richesses considérables au peuple cubain.
Toutes ces questions étaient claires pour le mouvement du 26 juillet dès le début. Dans le « Manifeste n° 1 » de Castro, publié en 1955, où il exposait pour la première fois au peuple cubain les objectifs du mouvement du 26 juillet, la libération des femmes était fondamentale. À leur tour, les femmes ont joué un rôle essentiel dans le succès de la Révolution. Les exemples de participation des femmes à la lutte sont innombrables. Pensons à la célèbre guérilla Mariana Grajales, entièrement féminine. Des militantes comme Haydée Santamaría et Melba Hernández participent à l’attaque de la caserne de Moncada. Les femmes organisent des activités clandestines, distribuent de la propagande, acheminent des fournitures et des armes, et aident à coordonner le mouvement parmi les masses. En 1957, les femmes organisent deux importantes manifestations contre les meurtres de jeunes militants et l’assassinat par la police d’un dirigeant du mouvement du 26 juillet, Frank País. La réponse sévère et brutale de la police à ces manifestations suscite une sympathie généralisée pour le mouvement révolutionnaire.
Après le triomphe de la révolution en 1959, les révolutionnaires déploient des efforts concentrés pour mobiliser davantage le potentiel révolutionnaire des femmes et commencer à les intégrer dans la société cubaine et à améliorer leur qualité de vie à travers, entre autres, l’amélioration générale des soins de santé, des salaires et des conditions de vie de tous les Cubains de la classe ouvrière. Les femmes en particulier bénéficient de l’abolition de la prostitution et de la légalisation de l’avortement. Des campagnes d’alphabétisation permettent de recruter des milliers de paysannes et de leur enseigner des compétences utiles telles que l’enseignement et la couture.
La campagne d’alphabétisation de 1961 reste un moment charnière pour les femmes à Cuba. À l’époque, l’enseignement est principalement une profession féminine, et la militarisation de ce rôle permet à des masses de jeunes femmes de devenir indépendantes et de se battre en tant qu’« armée d’enseignantes en alphabétisation ». Grâce à leurs efforts inlassables, Cuba devient le premier pays au monde à éradiquer l’analphabétisme. Parmi ces brigadistas figurent des femmes comme Leonela Relys Díaz, qui a inventé la méthode Yo Sí Puedo, qui continue d’être utilisée dans le cadre de campagnes d’alphabétisation couronnées de succès à travers le monde.
Parallèlement, la création et l’importance accordées à la FMC par la direction du Parti ont permis aux femmes de disposer d’une organisation de masse qu’elles peuvent utiliser pour améliorer leur statut dans la société cubaine. Au moment du discours de Fidel au deuxième congrès de la FMC en 1974, trois fois plus de femmes occupent un travail, non plus dans la servitude domestique, mais dans des emplois civils, dans des activités productives, les services et l’administration. Outre ces premières victoires impressionnantes après le triomphe de la Révolution, le mouvement des femmes cubaines continue à se développer et devient une force politique toujours plus incontournable.
La prochaine partie de cet article couvrira les années qui suivent le discours de Fidel de 1974 et examinera les progrès inspirants du mouvement des femmes cubaines jusqu’à aujourd’hui.