Une canicule politique cet été au Québec?

Une canicule politique cet été au Québec?


Adrien Welsh
Clarté – Juillet 2026


Les Québécois sont convoqués aux urnes le 5 octobre prochain. Bien que la campagne électorale ne soit pas encore commencée, les chefs politiques, eux, sont bel et bien en campagne. L’été s’annonce chaud, du moins politiquement…

En effet, la volatilité politique est telle que même les plus fins limiers de l’analyse et du commentaire ne peuvent se prononcer sérieusement quant à qui formera le prochain gouvernement. Les six derniers mois n’ont pas manqué de rebondissements : pour preuve, deux des trois plus grands partis en lice ont été forcés à changer de chef. Les libéraux se sont départis de Pablo Rodriguez à cause d’un scandale de malversation tandis que la CAQ, son image écornée, a passé les rênes à Christine Fréchette, qui assume maintenant les fonctions de première ministre.

Du reste, à chaque coup de sonde, les marges se resserrent et la possibilité d’une véritable course à trois entre le Parti québécois, le Parti libéral et la CAQ, au cours de laquelle le vainqueur ravira la primature à l’Assemblée nationale, ne se joue peut-être qu’à une simple tête.

C’est que, dans un contexte de crise économique et de situation internationale complexe et volatile, la classe dirigeante québécoise est toujours en quête de son aurige politique.

Un paysage politique en recomposition

À l’issue des élections de 2022, le Parti communiste du Québec soulignait qu’une recomposition politique était en cours. Il prédisait que les partis de l’alternance, le PLQ et le PQ, se rétameraient au profit d’une opposition de façade entre Québec solidaire et la CAQ, avec, en garde-fou, le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Cette vision pêche certainement par un schématisme exagéré, du moins dans sa forme. Pourtant, sur le fond, il y a bel et bien une recomposition en cours. Au-delà des partis et des chefs politiques, elle se caractérise par deux forces qui s’alimentent mutuellement : d’un côté, les différences s’amenuisent entre les différentes formations et, de l’autre, on constate un véritable tropisme vers la réaction dans l’ensemble du spectre politique québécois.

Plusieurs partis, mais une seule politique

L’ajournement de la session parlementaire à Québec, le 12 juin dernier, conclut huit ans de pouvoir personnel de François Legault au service exclusif des monopoles. Dresser une liste exhaustive des mesures antipopulaires et antidémocratiques de la CAQ mériterait un article à lui seul. Mais, de manière synthétique, on peut souligner que ce gouvernement de satrapes du capital monopoliste québécois s’est acharné à détruire, brique par brique, toute institution de lutte et tout contre-pouvoir afin d’aménager le terrain pour que ses successeurs puissent, sans craindre des grèves dans la fonction publique ou une redite du Printemps érable, sabrer dans nos services publics ainsi que dans nos conditions de vie et de travail. D’autre part, il s’est oint d’un vernis nationaliste afin de s’attaquer aux droits démocratiques sous prétexte de défendre le Québec et ses valeurs… comme si le danger provenait des syndicats, des immigrants ou des masses populaires !

Christine Fréchette apporte un nouveau style qui semble impulser un nouvel élan à la formation politique anciennement commandée par François Legault. Il reste qu’elle peine à transformer l’essai : impossible de retenir les ténors de son parti, tandis qu’elle doit traîner le lourd tribut de 33 défections au compteur… Que ce style plus conciliant permette de redorer l’écu de la CAQ ne change rien sur le fond. En effet, le projet politique demeure inchangé : celui de s’aligner sur les priorités des chambres de commerce et des grandes entreprises. C’est dans cette optique qu’elle rencontre, à huis clos, les dirigeants de la Fédération des chambres de commerce du Québec — et en profite pour échanger des formalités avec un représentant israélien. Il faut bien assurer le service après-vente, maintenant que le Bureau du Québec à Tel-Aviv est ouvert et, semble-t-il, ne manque pas de dynamisme malgré un génocide en cours à Gaza et une guerre régionale propulsée, entre autres, par cet État-corsaire à la solde de l’impérialisme yankee…

Le Parti québécois de Paul Saint-Pierre Plamondon, quant à lui, peine à maintenir son avance. Son indépendantisme intransigeant, mâtiné d’un nationalisme étroit courtisant les partisans identitaires de tout acabit, sert certainement à resserrer les rangs, mais peine à convaincre l’ensemble de la population. Du reste, il ne se distingue que peu du reste de l’offre politique présente sur les étals de la classe dirigeante. Après avoir déclaré que l’avenir du Québec « passe par les États-Unis », stipulé qu’un Québec indépendant non seulement ferait partie de l’OTAN, mais s’acquitterait de son devoir de financer ce cartel criminel à hauteur de 5 % du PIB, puis recruté l’ancien commandant du Collège militaire royal de Saint-Jean, Gaétan Bédard, on comprend que la souveraineté qu’envisage le PQ n’est qu’une capitulation devant l’impérialisme états-unien, l’économie de guerre et les multinationales. Car, non content de pavaner en plus grand défenseur de l’OTAN, il affirme, lors d’une rencontre auprès de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qu’un gouvernement péquiste « procédera à une baisse historique du fardeau fiscal des entreprises ». Tout est dit…

Les libéraux, eux, sont dirigés par l’ancien PDG des chambres de commerce, encore une fois. Leur programme n’est pas encore établi, mais on peut parier que la formation de Charles Milliard prendra le contrepied du Parti québécois en espérant jouer une course à deux articulée entre fédéralisme et indépendantisme. Cet axe semble plaire aux monopoles, qui s’en serviront pour en faire la « question de l’urne » et mieux brouiller les cartes.

On ne peut passer sous silence le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Après s’être acheté une légitimité grâce à la transfuge caquiste Maïté Blanchette-Vézina — laquelle a déjà été membre de Québec solidaire —, on peut se demander jusqu’à quel point cette dynamique n’est qu’une baudruche. Certes, les médias et la classe dirigeante entretiennent une enflure manifeste quant à cette formation somme toute insignifiante. Pourtant, ses idées sont banalisées à telle enseigne que le Parti québécois se les approprie… Véritable repoussoir agité en marotte, ce parti qui se présente comme antisystème joue parfaitement le jeu du capitalisme monopoliste d’État. Mieux encore, il en est le plus farouche défenseur. Est-ce un hasard que son chef ait été cadre du Département d’État yankee en Irak dans les années 2000 ?

Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans une analyse de Québec solidaire. Contrairement aux forces susmentionnées, il ne s’agit pas d’un parti des monopoles à proprement parler. Néanmoins, au-delà du discours, cette formation se résume à un parti d’accompagnement des monopoles et de leur pouvoir. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler qu’en matière de logement, une augmentation des loyers — lesquels ont crû de plus de 30 % au Québec et de plus de 70 % à Montréal depuis 2020 — serait raisonnable. Ce même parti estime que l’invasion éclair des États-Unis au Venezuela et l’enlèvement du président en fonction auraient été légitimes s’ils avaient été avalisés par la communauté internationale. Du reste, lors de son dernier congrès, sans ambiguïté aucune, Québec solidaire s’est rangé en faveur de l’OTAN ! Si telle est la gauche, force est de constater qu’elle n’est pas — ou plus — progressiste ! Du reste, le problème de QS n’est pas tant à chercher dans les politiques prônées, mais dans celles qui brillent par leur silence, ou alors par son incapacité à dresser les liens qui s’imposent entre les différentes crises et la situation plus globale. Cela ne peut mener qu’à une mosaïque politique exempte de constante et de focale : au lieu d’une convergence des luttes, on prône l’intersectionnalité entre celles-ci…

Qu’ils en soient les porte-parole ou les accompagnateurs, tous les partis présents à l’Assemblée nationale jouent un rôle bien précis indiqué par les monopoles, rôle qui peut être amené à changer selon la conjoncture. Aucun n’appelle à rompre sérieusement avec le pouvoir des grandes entreprises.

Les forces vives existent pour faire fléchir le pouvoir des monopoles

À l’automne 2023, 12 % de la force de travail québécoise s’est mise en grève. À l’automne dernier, ce sont des dizaines de milliers de salariés qui se sont mobilisés contre les lois scélérates de la CAQ, lesquelles se comparent favorablement aux lois Taft-Hartley visant à museler les syndicats et, de ce fait, la classe ouvrière organisée. Contre l’abolition du PEQ, contre le simulacre de constitution provincialiste qui cherchait à ériger en loi suprême le nationalisme étroit de la CAQ, les deux morts au feuilleton, les travailleurs et les masses populaires ont su prouver que la mobilisation paie.

Le récent congrès de la CSN n’a pas manqué de mordant. Bien sûr, ceux qui espèrent le grand soir tout de suite seront déçus, et à plus forte raison ceux qui s’imaginent que les syndicats suffisent à eux seuls pour révolutionner le monde. La Commune de Paris aurait de quoi les refroidir… Pourtant, ses résolutions sont claires : front commun reconduit dans le secteur public, campagne contre la casse de nos services publics, lutte contre les mesures antisyndicales, etc. On ne s’extrait pas du syndicalisme jaune en une nuit ! En attendant, le travail de tout militant syndical honnête et épris de progrès social est clair : ce n’est pas de chercher à surenchérir en radicalisme, mais plutôt à organiser et à s’assurer que les résolutions adoptées ne restent pas lettre morte. De là, en bâtissant un rapport de force concret, dans et par les luttes, il est possible de poser les bases d’un mouvement syndical capable non seulement de tenir en respect tel ou tel patron, mais l’ensemble de la classe dirigeante et ses affidés politiques.

Organiser la colère des travailleurs et des masses populaires

L’heure n’est pas à l’atermoiement mortifère, mais à l’organisation sérieuse contre notre ennemi commun, le capitalisme monopoliste d’État, peu importe son fard politique. Les travailleurs et les masses populaires n’ont pas à choisir entre telle ou telle version du nationalisme, de l’indépendantisme ou du fédéralisme. La réponse à cette essentialisation de la question nationale n’est autre que l’internationalisme.

Les travailleurs et les masses populaires n’ont pas besoin de plus de cynisme. Entre des gauchistes qui pensent qu’il suffit de vociférer quelques slogans mal digérés à l’esthétique révolutionnaire, d’une part, et, de l’autre, des bonzes syndicaux ou autres cadors professionnels du militantisme, notamment les ONG, qui ne jurent que par le dialogue social et remplacent la lutte des classes par une « société civile » à géométrie variable, ils sont des dizaines de milliers à vouloir être organisés et non baratinés. Des travailleurs, ouvriers, salariés et employés aux intellectuels, artistes, techniciens, petits entrepreneurs et petits paysans, l’ensemble des masses populaires, de ceux qui produisent et créent, sont plus que jamais aliénés de leur travail.

Or, l’organisation n’est pas une simple tâche administrative. Elle doit être sous-tendue par un projet de lutte, y compris politique, faute de quoi on s’empêtre dans un lobbyisme mortifère qui ne génère que mépris et frustration, puis nourrit les éléments les plus rétrogrades et réactionnaires.

C’est pourquoi les communistes présentent, dans ce contexte politique qui semble verrouillé par le pouvoir des monopoles, dix candidats aux élections d’octobre. Chacun d’entre eux aura pour tâche de défendre des politiques de rupture envers et contre notre exploiteur collectif, à savoir le capitalisme monopoliste d’État, base de l’impérialisme. À travers un programme de classe et pragmatique, axé autour de cinq perspectives de lutte — valoriser le travail et non le capital, un développement économique sous contrôle public et démocratique, l’expansion de nos services publics, un Québec souverain et anti-impérialiste au sein d’un Canada indépendant, et l’expansion de nos droits démocratiques dans un contexte de fascisation de la société —, ils jetteront leurs forces dans la bataille et contribueront à ce que cette campagne électorale ouvre des perspectives pour tenir en respect le pouvoir des monopoles.