Le sommet de la terreur : l’OTAN militarise Ankara et dévoile le vrai visage de l’impérialisme

Le sommet de la terreur : l’OTAN militarise Ankara et dévoile le vrai visage de l’impérialisme


Mehmet Yayla
Clarté – Juillet 2026


À l’approche du sommet de l’OTAN, Ankara, la capitale turque, devient le théâtre d’une répression accrue caractérisée par un état de siège de facto. Des fouilles arbitraires et la mise en place d’une « loi martiale » au palais de justice, où l’interdiction de donner de l’eau aux détenus et l’expulsion violente des avocats par les forces de l’ordre visent à criminaliser la contestation anti-impérialiste au mépris des droits de la défense.

Une vague d’arrestations a conduit à l’incarcération de 178 personnes, visant à étouffer toute contestation syndicale et politique. Outre les syndicalistes et les militants de gauche, des intellectuels comme la professeure Emel Memiş, le rédacteur en chef du journal LGBTQ+ Kaos GL, Yıldız Tar, le représentant de la Fondation turque de lutte contre l’érosion, de reboisement et de protection des habitats naturels, Nevzat Özer, ainsi que les avocats de l’Association des juristes progressistes Semra Demir et Kürşat Bafra, figurent parmi celles et ceux jetés en prison sous des prétextes fallacieux. Parmi eux se trouve également le secrétaire général de la SKOJ, la jeunesse communiste de Serbie, Miloš Karavezić.

Pour éviter tout événement et toute manifestation qui pourraient déplaire à ses alliés impérialistes, l’État turc utilise l’appareil judiciaire comme outil de guerre des classes. Il vise à neutraliser toute opposition interne capable de contester la présence de l’OTAN sur son sol. D’ailleurs, les forces policières poussent le ridicule jusqu’à implorer les familles des étudiants qui seraient tentés de protester contre la tenue de cette grand-messe de la guerre impérialiste, déclarant que « les autres actions peuvent être tolérées, mais les manifestations contre l’OTAN ne le seront pas. Il faut garder les jeunes chez eux, ne pas les laisser dehors […] ». C’est là la preuve du caractère particulièrement subversif et dangereux de la lutte anti-impérialiste.

En parallèle, le pouvoir subordonne la santé publique aux intérêts de l’Alliance. Le ministère de la Santé a ordonné de réserver des soins VIP aux délégués de l’OTAN, créant une ségrégation sanitaire flagrante où l’infrastructure d’État est accaparée par l’élite de la classe dirigeante, reléguant la population au second plan.

Tenir le sommet de l’OTAN en Turquie n’est pas anodin. Le néo-ottomanisme d’Erdogan peut être perçu, dans sa forme de surface et à travers les discours du pacha nostalgique de la Porte dorée, comme antagoniste à l’impérialisme occidental. Pourtant, malgré un projet nationaliste qui peut grincer avec leurs intérêts immédiats, les liens qui l’unissent aux États-Unis et à Israël demeurent étroits. La Turquie reste un cheval de Troie permettant de faire pénétrer les intérêts occidentaux au Moyen-Orient comme en Asie centrale, d’où la tenue du sommet du cartel atlantique à Ankara.

L’impérialisme a besoin d’États forts et autoritaires pour garantir l’exploitation des travailleurs sans contestation, et la Turquie remplit ce rôle de gardien du flanc oriental de l’Empire. La militarisation d’Ankara expose également la crise de légitimité que traversent les institutions capitalistes mondiales. Devant la baisse du niveau de vie et l’inflation galopante en Turquie, l’État ne peut plus maintenir l’ordre social par le consensus : il doit utiliser la force brute.

C’est le cœur même de la critique de l’État : lorsque les illusions démocratiques ne suffisent plus à masquer l’exploitation, la classe dominante retire son masque et utilise la violence policière. L’OTAN agit ici comme un accélérateur de cette dérive autoritaire globale, forçant les États membres à durcir leur appareil législatif et répressif, allant jusqu’à pousser leurs budgets militaires à 5 % du PIB. Cela représente des profits colossaux pour le complexe militaro-industriel : un projet qui unit toutes les fractions de la bourgeoisie.

La situation en Turquie, à l’aube de ce sommet de juillet 2026, rappelle l’urgence de l’internationalisme. La lutte des socialistes et des progressistes turcs contre la tyrannie d’Ankara est exactement la même que celle menée par les travailleurs au Canada ou en Europe contre les budgets militaires gonflés au détriment des services publics. Combattre l’impérialisme exige une solidarité internationale sans faille. Briser les chaînes de l’OTAN et de l’autoritarisme ne se fera pas par des réformes, mais par l’action unie de la classe ouvrière mondiale contre le capital et ses alliances militaires.