La question nationale contre l’impérialisme

La question nationale contre l’impérialisme


Clarté
Octobre 2026


« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène. »
– Jaurès

Loin de disparaitre au profit d’entités supranationales, comme le prétendent les chantres du néolibéralisme, la question nationale demeure un aspect fondamental de la vie politique, économique, sociale et culturelle québécoise. Aucun parti politique sérieux ne peut éluder la question.

D’ailleurs, même la CAQ, qui se voulait une coalition des forces économiques au-delà de la querelle constitutionnelle n’a cessé, au cours des huit dernières années, d’instrumentaliser la question nationale pour dorer la pilule de son nationalisme étroit.

Le Parti québécois, pratiquement moribond si l’on se fie au nombre de sièges (3) gagnés lors des derniers comices, connait une renaissance fulgurante. Justement, PSPP ne se contente pas des valses-hésitations de ses prédécesseurs. Certes, il reprend les thèmes nationalistes étroits si chers à la CAQ, mais il promet – du moins pour l’instant – un référendum lors du premier mandat d’un gouvernement péquiste.

Souveraineté et égalité nationale oui; indépendance, non!

Sur cette question si importante, le Parti communiste du Québec n’a jamais manqué de clarté. Nous reconnaissons le droit à l’autodétermination jusqu’à et y compris au droit à la sécession du Québec de la même façon que nous reconnaissons, lors d’un mariage, le droit au divorce des deux parties. Sans que soit reconnu un tel droit fondamental, il ne peut que s’agir d’un mariage forcé. Justement, la fédération canadienne actuelle ne constitue pas seulement un mariage forcé, mais une union réalisée au bout du fusil et basée sur le vol des terres des peuples autochtones et sur le vol de la plus-value des travailleurs.

De ce constat, nous concluons que le statu quo constitutionnel est inacceptable et brime le droit démocratique et politique fondamental à l’auto-détermination des peuples et des nations qui composent le Canada. Nous ne pouvons accepter cet ordre constitutionnel colonial (depuis 1608, aucune Constitution n’a été rédigée localement, donc n’émane de la volonté populaire) taillé sur mesure pour servir les intérêts des monopoles.

Cependant, nous ne pouvons accepter non plus la solution prônant la sécession du Québec comme seule manière de régler la question nationale. Selon nous, la souveraineté s’articule de trois manières : l’autonomie, la constitution d’un État fédéral au sein d’une confédération libre et consentie entre nations ou la sécession. Chacune des options, selon le contexte, peut satisfaire les intérêts supérieurs de la classe ouvrière et des masses populaires – en effet, nous considérons la question nationale selon un point de vue de classe, comme l’ensemble des questions démocratiques.

Aujourd’hui, il serait illusoire de comprendre le Québec comme une colonie du Canada. Son économie est pleinement intégrée à l’impérialisme canadien et états-unien. Elle répond à l’ensemble des critères du capitalisme monopoliste d’État (la CAQ en est l’exemple le plus probant). Dit autrement, un Québec indépendant constituerait un État impérialiste.

Devrait-on engager les forces de la classe ouvrière et des masses populaires dans la constitution d’un État impérialiste? Certainement pas! Au contraire, nous devrions mobiliser les forces populaires pour déployer le caractère antimonopoliste de la lutte pour l’égalité nationale, ce qui n’est possible que par l’adoption d’une nouvelle constitution canadienne reconnaissant les différentes nations qui peuplent le pays, puis qui leur garantisse l’égalité nationale à travers le droit à l’autodétermination jusqu’à et y compris à la sécession.

Ce n’est pas parce qu’on a le droit de divorcer après un mariage qu’on espère le divorce au moment de passer l’anneau…

Le droit à l’autodétermination des peuples et nations autochtones

Nous reconnaissons que le territoire du Québec est peuplé de plusieurs nations et peuples autochtones (11 au total) ainsi que de la minorité nationale anglo-québécoise. Ainsi, l’idée d’indépendance du Québec ne peut être perçue que comme égoïste : elle impose la « libération » d’une nation au détriment des autres!

Nous refusons catégoriquement l’opposition factice entre la légitimité des luttes autochtones et celle de la nation québécoise sous prétexte identitaire. L’oppression nationale n’est pas une question d’identité ni une question ethnique, mais une question politique. À partir du moment où un groupe de personnes constitue une nation, eu égard à son degré de développement et à sa « race », il doit bénéficier du droit à l’autodétermination et à la sécession. Prétendre qu’une lutte démocratique fait de l’ombre à une autre revient à défendre le patronat. D’ailleurs, nous soulignons que les luttes des Cris et des Inuits du Québec ont forcé la main au gouvernement Bourassa, instituant une première au Canada où les peuples et nations autochtones n’ont pas à se référer uniquement à la Couronne comme juge de paix…

La minorité nationale anglophone

Au Québec, il est possible littéralement de naitre, étudier, se faire soigner, mourir; bref, de vivre une vie en anglais. Ce n’est pas un problème en soi, mais il est inacceptable que cet état de fait ne soit pas symétrique au Canada anglophone. Il est également inacceptable que l’on espère que les nouveaux arrivants maitrisent le français alors que les programmes d’enseignement du français langue seconde sont définancés à la curée.

Communistes, nous refusons l’idée selon laquelle les anglophones et allophones représentent une menace à la culture québécoise. Au contraire, cette menace provient avant tout de l’intégration à l’acculturation yankee et à sa propagande.

Pour un Québec profondément ancré dans la lutte anti-impérialiste

Si nous luttons en faveur du droit à l’autodétermination jusqu’à et y compris à la sécession, ce n’est pas pour favoriser une section de la classe dirigeante contre une autre, mais plutôt pour déployer le potentiel antimonopoliste et anti-impérialiste de cette question démocratique fondamentale.

Comme le rappelle Marx : « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre. » C’est pourquoi la lutte pour l’égalité nationale au Québec est indissociable de la solidarité internationale si nécessaire à l’heure où la barbarie impérialiste se fait plus violente au quotidien et fait tonner la trompette guerrière.  

Bien que les questions internationales soient une prérogative fédérale, nous savons que l’Assemblée nationale peut et doit prendre position sur ces questions d’abord pour faire pression sur Ottawa et dynamiser la lutte pour la paix et la solidarité internationale, mais aussi parce que le Québec possède ses propres leviers diplomatiques. Parmi eux, notons le siège qu’il occupe à l’Organisation internationale de la francophonie, puis le réseau de représentations diplomatiques (les maisons ou bureaux du Québec) à travers le monde.

Nous luttons pour que ces institutions permettent au Québec de rayonner à travers le monde et à travers le Canada comme une voix de paix et de solidarité et non comme un pantin de l’impérialisme yankee. C’est pourquoi nous exigeons que le Québec se positionne clairement pour le retrait du Canada de l’OTAN et de toute alliance impérialiste, qu’il fasse pression sur Ottawa pour l’adoption d’une politique étrangère indépendante basée sur la paix et la solidarité internationale, qu’il se prononce en solidarité avec Cuba socialiste, la Palestine et l’ensemble des peuples qui résistent contre le joug impérialiste à travers le monde. Dans l’immédiat, nous exigeons que soit rouvert le Bureau du Québec à La Havane, fermé en 2024 pour redéployer ses efforts aux États-Unis puis, faciliter l’ouverture de celui à Tel-Aviv alors qu’Israël fait subir un génocide sauvage au peuple palestinien.

Nous ne pouvons accepter qu’en notre nom, l’Assemblée nationale du Québec facilite les actes de piraterie, de barbarie et d’opprobre de plus en plus manifestes de l’impérialisme états-unien. Nous refusons d’en être de simples vassaux et exécutants ou pourvoyeurs de ressources naturelles (ex. : notre énergie, nos ressources minières, forestières ou hydrauliques, etc.) Ainsi, nous appelons l’Assemblée nationale à s’opposer aux accords de libre-échange qui représentent essentiellement des constitutions taillées sur mesure pour les monopoles transnationaux et à proposer, en contrepartie, des accords commerciaux mutuellement bénéfiques à la classe ouvrière et aux masses populaires.

Nous ne pouvons non plus accepter l’égoïsme chauvin des forces dites « souverainistes » ou « indépendantistes » qui refusent d’ancrer leur projet d’indépendance dans une logique internationaliste et anti-impérialiste. Ce faisant, ils dévoilent la vraie nature de leur projet : mieux intégrer – lire subordonner – le Québec à l’impérialisme états-unien et à sa barbarie. Autant pour l’indépendance…

Une Assemblée constituante plutôt qu’un référendum

L’organisation d’un référendum sur l’indépendance du Québec constitue un des droits les plus chers du peuple québécois. Ainsi, non seulement ne nous y opposons pas, mais, advenant un scénario à la catalane où les autorités fédérales seraient tentées de se saisir de l’Acte sur la clarté référendaire pour l’invalider ou refuser d’en reconnaitre les résultats, nous serions parmi les premiers à serrer les rangs contre cette ingérence ignoble.

Néanmoins, nous ne sommes pas favorables à l’idée d’indépendance, mais encore moins par référendum. Cette méthode fait de la séparation une fin en soi plutôt qu’un moyen de réaliser l’égalité nationale et d’étendre nos conquêtes sociales et démocratiques.

 Communistes, nous luttons pour une Assemblée constituante québécoise et non un référendum. Cette démarche permettrait d’engager le peuple québécois non seulement dans une rupture contre statu quo, mais aussi contre les monopoles puisqu’elle l’engagerait dans une démarche véritablement démocratique où il serait bienvenu de consacrer les conquêtes sociales et économiques au sein de cette Constitution.

Cette même Constitution n’a pas à aboutir à la séparation. C’est au peuple québécois décider de son sort. Ainsi, nous sommes confiants que cette nouvelle Constitution permettra au peuple Québécois de confronter Ottawa et exiger une nouvelle Constitution canadienne qui entérinera le droit à l’autodétermination de toutes les nations qui composent le pays.