Une lutte pour maintenir l’espace public de qualité à Parc Extension

Une lutte pour maintenir l’espace public de qualité à Parc Extension


Stéphane Doucet et Clément Liu
Clarté – Juillet 2026


Le 23 juin, Tennis Canada a annoncé son intention de construire un nouveau stade et d’agrandir ses installations au sein du parc Jarry, dans le quartier Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension de Montréal. Le projet prévoit la démolition d’un terrain de baseball situé à côté de ses courts de tennis afin de construire un stade trois-saisons de 15 000 places. Les circuits de l’Association des professionnels du tennis (ATP) et de l’Association de tennis féminin (WTA) exercent des pressions sur les villes et les organismes hôtes pour moderniser leurs installations, sous peine de perdre leur place au sein des circuits professionnels – une tactique courante autour des grands événements internationaux de divertissement.

Chaque année, l’Omnium Banque Nationale occupe davantage d’espace au sein du parc et, en 2025, la durée du tournoi est passée de 7 à 12 jours. Au moment où nous écrivons ces lignes, Tennis Canada a déjà clôturé une vaste zone du parc, trois semaines avant le début du tournoi.

Parallèlement, en 2025, la ville de Montréal a annoncé une proposition révisée visant à moderniser et à centraliser les installations aquatiques du parc, loin de l’emplacement actuel de la piscine du Parc Jarry. Elle est actuellement adjacente au stade IGA de Tennis Canada, tribune principale pour ses plus grands matchs. Le nouveau plan prévoit la création d’une « zone aquatique » dans la partie nord du parc, loin des installations existantes de Tennis Canada. La ville a affirmé que cette décision n’avait rien à voir avec Tennis Canada, mais il s’agit là d’une coïncidence extrêmement étrange, sachant que Tennis Canada a tenté à plusieurs reprises d’agrandir ses installations. Le déplacement de la piscine a suscité la colère de nombreuses personnes.

La Coalition des ami.es du parc Jarry, un groupe voué à la défense des intérêts des usagers du parc, avait déjà lancé une pétition contre le projet de nouvelle piscine lorsque Tennis Canada a annoncé son intention d’étendre son emprise. La CAP Jarry a immédiatement organisé une réunion pour mobiliser la communauté contre cet agrandissement et exiger que la ville maintienne le projet de modernisation de la piscine à son emplacement actuel, ce qui a été largement accepté par la communauté. Leur pétition a recueilli près de 6 000 signatures.

Plus de 100 membres de la communauté se sont présentés à la réunion de mobilisation du 11 juillet, au cours de laquelle Michel Lafleur, de la CAP Jarry, a présenté leur plan visant à former un front commun d’organismes communautaires et de citoyens afin de garantir que le parc reste un lieu au service de la communauté plutôt que des intérêts privés.

L’agrandissement de Tennis Canada a été le principal sujet de discussion lors de cette réunion. Un membre de la communauté a déclaré : « On viendrait nous prendre notre air  », soulignant que 80 % des résidents du Parc-Extension n’ont même pas accès à une cour. Il a également mentionné le grand nombre de jeunes du quartier qui utilisent la piscine pour échapper aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.

C’est dans ce même quartier que la commission scolaire est incapable de trouver un terrain pour construire une nouvelle école primaire destinée à accueillir une augmentation prévue d’au moins 576 élèves d’ici quelques années, tandis que Tennis Canada prévoit occuper davantage d’espace public.

« C’est comme ça que ça marche le système », déclare M. Lafleur à propos de la manière dont Tennis Canada, un organisme « sans but lucratif », développe les joueurs et le sport au Canada tout en facilitant l’acheminement de millions de dollars dans les poches de leurs commanditaires (des monopoles privés).

Selon le rapport annuel 2024 de Tennis Canada, le tournoi a généré 78 % de ses revenus annuels et, en 2025, après son extension à un format de 12 jours, cette part est passée à 81,6%.

La survie de Tennis Canada repose sur sa capacité à continuer d’organiser le tournoi et à générer des millions de dollars pour ses commanditaires — la Banque Nationale, Rogers, IGA, Mercedes-Benz, Rolex et Emirates, pour n’en nommer que quelques-uns. Ces commanditaires exerceront de la pression sur les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux afin que leurs intérêts soient pris en compte.

À la réunion de citoyens, le constat était unanime : les membres de la communauté en ont assez de l’empiétement toujours grandissant de Tennis Canada dans le parc, et le CAP Jarry s’organise pour amener davantage de groupes communautaires et d’élus à travailler ensemble afin de protéger leurs intérêts. Si Tennis Canada ne peut accepter ces demandes, bon nombre de membres de la communauté seraient heureux de simplement voir la nouvelle installation construite ailleurs. M. Lafleur a conclu la réunion en reprenant l’ancien slogan du CAP Jarry : « Pas un pouce de plus ».

Le Parti communiste soutient depuis longtemps que les terrains publics doivent servir exclusivement à l’usage public, qu’il s’agisse de logements sociaux, de services municipaux, de parcs, d’activités de loisirs et, bien sûr, de sports! Il est absurde de s’opposer par principe à l’idée de compétitions sportives de haut niveau, mais ce cas montre comment la démocratie locale et l’accès à l’espace public sont étouffés par des intérêts privés se cachant derrière le prétexte d’un organisme sans but lucratif. Parc Extension a bien plus besoin de ses espaces verts que Tennis Canada et l’Open de la Banque Nationale n’ont besoin d’un stade plus grand. Les besoins de la population sont clairs.